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Des marmites vides, une faim qui s’aggrave au Cameroun

Le PAM et ses partenaires humanitaires mobilisent des ressources limitées pour venir en aide à des millions de personnes affectées par les conflits, les déplacements et les chocs climatiques au Cameroun.
, Nyandoh Paho Tadfor
A woman in a colourful headscarf and shawl inks her name to a ledger documenting she's receiving WFP food assistance. Photo: WFP/Joseph Fambove
Esther s’enregistre pour recevoir l’assistance du PAM à Mora, dans l’Extrême‑Nord du Cameroun. En raison des coupes budgétaires, l’aide diminue, laissant de nombreuses familles dans l’incapacité de subvenir pleinement à leurs besoins alimentaires. Photo : PAM / Joseph Fambove

Alors que le soleil est déjà haut au‑dessus de Mora, dans la région de l’Extrême‑Nord du Cameroun, de nombreuses marmites, comme celle d’Esther, sont déjà vides.

Comme des dizaines d’autres femmes, elle fait la queue devant un site de distribution alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM), son plus jeune enfant solidement attaché dans son dos. Déplacée par les violences à Kolofata, une petite ville située à une vingtaine de kilomètres de là, Esther dépend désormais de l’assistance du PAM pour nourrir sa famille.

« Sans cette aide, nous ne pourrions pas manger », confie Esther, mère de quatre enfants (son nom de famille n’est pas divulgué pour des raisons de sécurité).

À travers le Cameroun, des millions de personnes partagent aujourd’hui la réalité d’Esther. Conflits, déplacements de population, chocs climatiques et flambée des prix alimentaires érodent dangereusement leur capacité à faire face. « Au Cameroun, des millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire qui ne cesse de s’aggraver », explique Gianluca Ferrera, Directeur pays du PAM. « Le PAM soutient les familles les plus vulnérables afin de répondre à leurs besoins alimentaires et nutritionnels immédiats et de les empêcher de sombrer davantage dans la crise. »

Pour les familles déplacées comme celle d’Esther, la faim n’est plus saisonnière : elle est devenue une réalité quotidienne.

Aujourd’hui, plus de 2 millions de personnes ont été déplacées par les violences qui frappent de vastes régions de ce pays d’Afrique centrale. Entre juin et août, durant la période de soudure qui sépare deux récoltes, près de 3 millions de personnes devraient faire face à une situation de crise ou d’urgence alimentaire. La malnutrition reste alarmante : près d’un enfant de moins de cinq ans sur trois souffre d’un retard de croissance, conséquence directe d’une alimentation insuffisante et inadéquate.

C’est à ces réalités que sera confronté le pape Léon XIV lors de sa visite au Cameroun, prévue du 15 au 18 avril. Cette étape s’inscrit dans une tournée papale de quatre pays placée sous le signe de la paix et visant à « attirer l’attention du monde sur l’Afrique », selon un haut responsable du Vatican

La faim, un fléau alimenté par les conflits

A health worker with a stethoscope checks out a baby held out by her mother. Photo: WFP/Joseph Fambove
L'intervention d'urgence du PAM, qui comprend notamment le traitement et la prévention de la malnutrition infantile, constitue le pilier de notre action au Cameroun. Photo : PAM/Joseph Fambove

La situation est particulièrement alarmante dans six régions du Cameroun, du nord au sud‑ouest du pays, où l’insécurité a profondément affecté les moyens de subsistance et la production agricole, restreint l’accès aux terres et aux marchés, et accru la dépendance des populations à l’aide humanitaire. Plus de 80 % des personnes confrontées à une faim aiguë vivent dans ces zones durement touchées par la crise.

C’est précisément dans ces régions que l’intervention d’urgence du PAM — pilier central de son action au Cameroun — revêt une importance cruciale. Représentant 70 % du financement d’urgence du PAM dans le pays, cette réponse comprend des distributions alimentaires et des transferts monétaires, la prévention et le traitement de la malnutrition, ainsi que des repas scolaires d’urgence, à la mesure de l’ampleur et de l’urgence des besoins. 

Rien que l’an dernier, le PAM a fourni près de 8 000 tonnes de denrées alimentaires et plus de 18,5 millions de dollars en assistance en espèces à plus de 900 000 personnes, dont plus d’un tiers étaient des réfugiés ou des personnes déplacées, à l’image d’Esther. Cette aide contribue à stabiliser les ménages en leur permettant de couvrir leurs besoins alimentaires essentiels et d’éviter des stratégies d’adaptation préjudiciables, telles que la réduction des repas, le retrait des enfants de l’école ou le recours au mariage précoce.

« Il ne s’agit pas seulement de nourriture », souligne Gianluca Ferrera, directeur pays du PAM. « Il s’agit de préserver des vies, la dignité et la stabilité des familles. »
 

 « Il ne s'agit pas seulement d'une question d'alimentation. Il s'agit de protéger des vies, la dignité et la stabilité. » – Gianluca Ferrera, représentant et directeur national du PAM au Cameroun

Cependant, les ressources limitées dont nous disposons actuellement continuent de diminuer. Les contraintes budgétaires contraignent le PAM à réduire significativement son assistance alimentaire, qui ne pourra atteindre que 590 000 personnes cette année — soit un peu plus de la moitié des bénéficiaires initialement prévus pour 2026. Ces réductions ont également conduit à la fermeture de plusieurs bureaux de terrain, restreignant davantage l’accès du PAM à des communautés déjà difficiles à atteindre.

Dans certaines zones, les rations alimentaires ont été réduites jusqu’à 50 %, avec une priorisation des personnes les plus vulnérables, comme la famille d’Esther. Cette baisse de l’assistance intervient dans un contexte où les prix des denrées de base demeurent élevés, alimentés par la diminution de la production agricole liée aux conflits, aux chocs climatiques et à la hausse des coûts des intrants agricoles, entre autres pressions économiques, rendant même les repas les plus élémentaires inaccessibles pour de nombreuses familles. 

Small children listening and writing in a classroom with wooden benches and tables in northern Cameroon. Photo: WFP/Joseph Fambove
Les repas scolaires d’urgence du PAM permettent aux enfants de poursuivre leur scolarité dans des régions comme l’Extrême‑Nord du Cameroun. Toutefois, la réduction de l’aide contraint certaines familles à retirer leurs enfants de l’école. Photo : PAM / Joseph Fambove

Pour les familles déplacées comme celle d’Esther, autrefois dépendantes de l’agriculture, la faim n’est plus un phénomène saisonnier lié aux récoltes ou à l’accès aux terres. Elle est devenue une réalité permanente, aggravée par la baisse des financements qui se traduit par une aide alimentaire réduite et de plus en plus irrégulière.

« Quand il n’y a pas de nourriture, tout bascule », confie‑t‑elle. « Les enfants ne peuvent plus rester à l’école. Ils pleurent la nuit. »

Lorsque le nom d’Esther est enfin appelé, elle s’avance avec un bon d’achat lui permettant de recevoir une assistance adaptée à la taille de son foyer. En échange, elle repart avec du riz, des haricots, de l’huile végétale, du bœuf et d’autres denrées essentielles, de quoi subvenir aux besoins de sa famille pendant quatre semaines.

Alors qu’Esther quitte le site de distribution, la nourriture soigneusement équilibrée sur sa tête, elle entame le chemin du retour.

« Pour l’instant, nous allons pouvoir manger », dit‑elle.

Au‑delà de ces prochaines semaines, l’avenir reste incertain.

Pour maintenir son assistance alimentaire et nutritionnelle au Cameroun en 2026, le PAM a besoin de 95,2 millions de dollars. Sans un financement d’urgence, près de 600 000 personnes — parmi lesquelles des réfugiés, des personnes déplacées à l’intérieur du pays et des communautés d’accueil vulnérables — risquent de perdre l’accès à une aide vitale l’an prochain.

L’intervention d’urgence du PAM au Cameroun est rendue possible grâce au soutien du Canada, du Japon, du Luxembourg, de donateurs du secteur privé, de la Suisse et des États‑Unis.

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