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Comment la crise au Moyen‑Orient aggrave la faim bien au‑delà des lignes de front

La crise au Moyen Orient perturbe les chaînes d’approvisionnement mondiales, fait grimper les coûts du transport maritime et retarde l’acheminement des engrais. Le PAM avertit que ces répercussions pourraient plonger jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim, touchant particulièrement l’Afrique et l’Asie.
, Elizabeth Bryant, Sara Cuevas Gallardo and Chi Lael

Cet article a été mis à jour le 30 avril 2026 afin de refléter les dernières évolutions et statistiques.

Men with WFP vests haul bags of WFP food. Photo: WFP/Arete/Salamon Djek
Parmi les 45 millions de personnes supplémentaires que le PAM estime pourraient basculer dans la faim si la crise au Moyen‑Orient ne prend pas fin d’ici le milieu de l’année, près des deux tiers vivent en Afrique et en Asie. Photo : PAM/Arete/Salamon Djek


Dans un marché alimentaire animé de la capitale du Nigeria, Abuja, Mummy Christiana fond en larmes en décrivant l’impact qu’un conflit situé à des milliers de kilomètres a sur sa famille.

« Cela m’affecte énormément », confie‑t‑elle. « Avec mes 5 000 nairas (environ 3,70 dollars), je peux à peine acheter quoi que ce soit. »

En Somalie, Aweys, habitant de Mogadiscio, fait face à une flambée des coûts de transport alors que les prix du carburant explosent. « Il en va de même pour les denrées alimentaires : les prix augmentent de jour en jour », explique‑t‑il.

À l’autre bout du continent asiatique, au Myanmar, les répercussions de la crise au Moyen‑Orient se font déjà sentir à travers le pays, avec une hausse des prix, même pour des produits de base comme le riz — en particulier dans les zones les plus vulnérables et difficiles d’accès. Cette pression supplémentaire survient alors que de nombreuses communautés peinent encore à se relever du séisme dévastateur de 2025.  

Un conflit lointain, une lutte quotidienne

Plus de deux mois après le début d’une crise au Moyen‑Orient dont l’issue demeure incertaine, ce sont les populations les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète — parfois à des continents de distance — qui en subissent les répercussions les plus lourdes. Les retards dans les transports, la congestion portuaire et la perturbation des chaînes d’approvisionnement rendent l’acheminement de l’énergie, des engrais, de la nourriture et des médicaments beaucoup plus long et plus coûteux vers les zones qui en ont le plus besoin.

Même si la situation venait à s’améliorer, les opérations maritimes devraient nécessiter encore quatre à cinq mois pour se stabiliser. La saturation des ports, le détournement des navires, l’allongement des délais de transit et les contraintes liées aux équipements continuent de ralentir les livraisons et d’exercer une pression accrue sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

Les coûts du transport maritime ont augmenté jusqu’à 25 %, sous l’effet de la hausse des primes d’assurance, de l’augmentation des prix du carburant et de l’allongement des itinéraires, les navires évitant les voies maritimes touchées.

Un impact dévastateur sur la faim

Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim si le conflit ne s’apaise pas d’ici le milieu de l’année. Près des deux tiers d’entre elles vivent en Afrique et en Asie — les deux régions les plus durement touchées par les répercussions indirectes de la crise. Cela porterait à 363 millions le nombre total de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans le monde, un niveau jamais atteint auparavant.

« L’impact est évident », explique Corinne Fleischer, Directrice des chaînes d’approvisionnement du PAM, à propos de populations déjà fragilisées par ces répercussions. « Lorsque les chaînes d’approvisionnement sont perturbées, cela se ressent au moment de passer en caisse au supermarché. Les retards et la hausse des coûts de transport font grimper les prix des denrées alimentaires, et les familles qui consacrent 50 à 70 % de leurs revenus à l’alimentation sont les premières à devoir s’en passer. »

 « Les chaînes d’approvisionnement humanitaires sont de véritables bouées de sauvetage pour des millions de personnes déjà au bord de la faim. » — Corinne Fleischer, Directrice des chaînes d’approvisionnement du PAM

Dans le même temps, chaque dollar supplémentaire nécessaire pour acheminer l’aide signifie que moins de personnes peuvent être aidées. Déjà, l’inflation liée aux conflits a contraint le PAM à cesser son assistance à 1,5 million de personnes — un chiffre qui pourrait fortement augmenter en 2026 si les coûts opérationnels restent élevés.

« Maintenir les chaînes d’approvisionnement humanitaires en fonctionnement n’est pas une option », ajoute Corinne Fleischer. « Elles constituent de véritables bouées de sauvetage pour des millions de personnes déjà au bord de la faim. »

Two women and a little boy in colourful garments herd sheep. Photo: WFP/Mahad Said
L’impact de la crise se fait déjà sentir dans des pays comme la Somalie, risquant de fragiliser gravement ses exportations de bétail, essentielles vers le Moyen‑Orient. Photo : PAM/Mahad Said

Les petits exploitants agricoles sous pression croissante

Le PAM avertit qu’il s’agit de la perturbation des chaînes d’approvisionnement humanitaires la plus importante depuis la pandémie de COVID‑19 et le déclenchement de la guerre en Ukraine, les opérations maritimes étant les plus durement touchées. Les retards persistants, les arriérés et les détournements continuent d’entraver la circulation de la nourriture, du carburant et des fournitures essentielles à l’échelle mondiale.

Les répercussions du conflit affectent également les 500 millions de petits exploitants agricoles dans le monde, dont la majorité vit en Asie et en Afrique subsaharienne. Ensemble, ils produisent environ un tiers de l’alimentation mondiale, mais nombre d’entre eux font désormais face à une hausse des coûts et à des retards dans la livraison des engrais, précisément au moment où commencent les saisons de plantation.

Les pénuries d’engrais ou les livraisons tardives risquent d’entraîner des récoltes plus faibles, une baisse des revenus et une pression accrue sur la disponibilité alimentaire dans les mois à venir.

Dans certaines régions d’Afrique, les perturbations des chaînes d’approvisionnement liées au Moyen‑Orient et à la mer Rouge contraignent les expéditions de denrées alimentaires et d’aide humanitaire à être détournées par le cap de Bonne‑Espérance — ce qui augmente les coûts et allonge les délais de transit, les livraisons vers des pays comme le Soudan figurant parmi les plus touchées.

 « Les rayons ne seront pas forcément vides — c’est que les gens n’auront pas les moyens de se payer ce qui s’y trouve. » — Moctar Aboubacar, Chef de l’analyse de la vulnérabilité et de la cartographie au PAM pour l’Afrique de l’Est et australe

Le PAM s’adapte en s’approvisionnant, chaque fois que possible, au plus près de ses zones d’intervention et en ajustant ses plans logistiques afin de maintenir l’acheminement de l’aide alimentaire.

« De nombreux facteurs entrent en jeu dans la manière dont ces impacts se font ressentir », explique Moctar Aboubacar, Chef de l’analyse de la vulnérabilité et de la cartographie au PAM pour l’Afrique de l’Est et australe. « Les rayons ne seront pas forcément vides — c’est que les gens n’auront pas les moyens de se payer ce qui s’y trouve. »

Au Kenya, où la crise a déjà entraîné une baisse des exportations de viande pendant le Ramadan, les agriculteurs peinent désormais à se procurer des engrais devenus rares à l’approche de la saison des semis. Dans certaines régions clés considérées comme des greniers alimentaires, des rapports font état d’agriculteurs faisant la queue dès l’aube pour accéder à des stocks rationnés.

Dans l’ensemble de la région, la hausse des coûts de transport et du carburant affecte également les opérations humanitaires. « Lorsque les coûts de transport augmentent, nous disposons de moins de ressources pour acheter de la nourriture », explique Francesco Catenacci, responsable logistique du PAM dans la région. « Quand les prix du pétrole montent, les prix des denrées alimentaires suivent. »

A woman in a blue shirt and apron stands in front of her food stall at a bustling market in Abuja, Nigeria. Photo: WFP/Andy Nommiyid Chantu
Dans la capitale nigériane Abuja, Gift, commerçante sur le marché, explique que les clients sont exaspérés par la hausse des prix, qui affecte également sa capacité à nourrir ses quatre enfants.
Photo : PAM/Andy Nommiyid Chantu

Soutenir les gouvernements pour amortir le choc

En Afrique de l’Ouest et centrale, les effets complets du conflit commencent à peine à se faire sentir, mais le PAM avertit que si les perturbations persistent, des millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim. Des simulations montrent que même des hausses modestes des prix des denrées alimentaires de base pourraient contraindre les ménages à consacrer la quasi‑totalité de leurs revenus à l’alimentation.

Au marché d’Abuja, Gift, commerçante en produits alimentaires et mère de quatre enfants, constate déjà l’impact de la crise. « Nous voyons les prix augmenter — pour le transport, pour tout », explique‑t‑elle. « Les clients se mettent en colère, mais nous souffrons aussi. Je ne peux pas abandonner — je dois nourrir mes enfants. »

Le PAM travaille avec les gouvernements de toute la région afin de modéliser les chocs potentiels et de planifier des réponses adaptées si les coûts du transport et des denrées alimentaires continuent d’augmenter dans les mois à venir.

A woman and a little girl sit in a cloth tent sorting through greens and other food. Photo: WFP/Htet Oo Linn
Au Myanmar, la hausse des prix touche particulièrement les régions reculées et affectées par les conflits, frappant durement un pays qui se relève encore du séisme de l’an dernier. Photo : PAM/Htet Oo Linn

Rationnement et pénuries d’engrais

En Asie, où de nombreux pays dépendent fortement des importations d’énergie en provenance du Moyen‑Orient, les prix du carburant et des denrées alimentaires augmentent également de manière marquée. Au Myanmar, les pénuries ont entraîné un rationnement et de longues files d’attente dans les stations‑service, tandis que les agriculteurs qui se préparent aux semis de la mousson peinent à accéder aux engrais importés.

« Le coût de la vie augmente de façon considérable », explique Takahiro Utsumi, Chef de la recherche, de l’évaluation et du suivi du PAM au Myanmar, où 12,4 millions de personnes sont déjà en situation d’insécurité alimentaire aiguë. « Nous nous attendons à ce que cette pression se poursuive. »

Le PAM adapte sa réponse en planifiant des distributions alimentaires sur des périodes plus longues, en privilégiant l’approvisionnement local lorsque cela est possible et en élargissant l’assistance en espèces afin de réduire les coûts de transport. Toutefois, sans financements supplémentaires, l’augmentation des besoins et la hausse des prix exerceront une pression croissante sur les opérations.

« Si la situation perdure », avertit Utsumi, « elle ne fera qu’aggraver la misère de millions de personnes déjà confrontées à de multiples crises. Davantage de vies seront poussées au‑delà du point de rupture. »

En savoir plus sur l’action du PAM face à la crise au Moyen‑Orient

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