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En première ligne de la crise Ebola en RDC : la course du PAM contre la montre et contre la faim

Les deux principaux intervenants du PAM dans la lutte contre Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo, Sib Ollo et Olivier Nkakudulu, expliquent comment nous assurons l’acheminement du personnel de santé, des fournitures médicales et de l’assistance alimentaire pour soutenir la lutte contre le virus mortel Bundibugyo et l’insécurité alimentaire croissante, en nous appuyant sur les enseignements tirés des précédentes épidémies d’Ebola
, Elizabeth Bryant et Myrline Sanogo-Mathieu
Men in blue vests speak to each other standing outside a health centre in northeastern DRC. Photo: WFP/Michael Castofas
Dans un centre de santé de la province de l’Ituri, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus (à droite), s’entretient avec Olivier Nkakudulu (au centre) et Sib Ollo (à gauche) du PAM, qui dirigent la réponse de première ligne du PAM à Ebola en RDC. Photo : PAM/Michael Castofas

Depuis des années, les conflits persistants et les déplacements massifs de population ont détruit les moyens de subsistance dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), alimentant une pauvreté et une insécurité alimentaire croissantes. Aujourd’hui, depuis l’épicentre de l’épidémie d’Ebola en RDC, Sib Ollo et Olivier Nkakudulu livrent une évaluation alarmante de la dernière menace qui pèse sur la région : une souche mortelle et à propagation rapide du virus, qui risque d’aggraver encore la faim – et une course contre la montre pour la contenir.

« Si nous n’agissons pas, la situation pourrait rapidement devenir incontrôlable », déclare Ollo, coordonnateur de zone pour l’est de la RDC au sein du Programme alimentaire mondial (PAM), à propos de cette souche rare du virus. 

« Nous avons la capacité de répondre », ajoute Nkakudulu, chef du bureau de terrain du PAM dans la province de l’Ituri, épicentre de la 17e épidémie d’Ebola en RDC. Lui et Ollo sont tous deux basés à Bunia, capitale de l’Ituri, où ils dirigent la réponse de première ligne du PAM à l’épidémie de Bundibugyo.

« Nous avons besoin d’une réponse très forte et coordonnée », poursuit Nkakudulu. « Et nous en avons besoin rapidement. »

A WFP UNHAS plane sits on the airport tarmac, as passengers disembark and airport workers unload bags. Photo: WFP
Le PAM intensifie rapidement sa réponse à Ebola en RDC, en assurant le transport des agents de première ligne, des fournitures médicales et d’autres cargaisons essentielles vers des zones reculées et affectées par les conflits. Photo : PAM

Un peu plus de deux semaines après son identification en Ituri, la dernière épidémie d’Ebola en RDC est déjà la troisième plus importante de l’histoire, avec des centaines de cas suspects et de décès. Le virus Bundibugyo, pour lequel aucun traitement approuvé n’existe, s’est depuis propagé à au moins deux autres provinces congolaises, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, tandis que plusieurs cas suspects ont également été signalés en Ouganda voisin. Les pays limitrophes renforcent leurs contrôles aux frontières. Les autorités sanitaires internationales ont relevé le niveau de risque pour la RDC à « très élevé » et avertissent que dix autres pays de la région pourraient être exposés.

La flambée « dépasse la capacité de réponse », a averti le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui s’est récemment rendu à Bunia. Il a décrit la RDC comme étant au centre d’une « collision catastrophique entre maladie et conflit ».

Pour soutenir le Gouvernement, l’Organisation mondiale de la Santé et d’autres partenaires dans l’endiguement de la propagation d’Ebola, le PAM intensifie rapidement ses opérations : transport du personnel de santé en première ligne, des fournitures médicales et d’autres cargaisons vitales vers des zones reculées et touchées par les conflits, fourniture d’entrepôts ainsi que de services de télécommunications d’urgence sur le terrain. Le PAM améliore également une aire d’atterrissage pour hélicoptères afin d’acheminer davantage d’appui essentiel vers la ville minière de Mongbwalu, l’un des foyers de l’épidémie.

 « Nous sommes dans un pays très fragile – toutes les capacités pouvant être mobilisées pour venir en RDC doivent l’être. » – Sib Ollo, coordonnateur de zone du PAM pour l’est de la RDC

Et nous nous appuyons sur notre expertise en réponse d’urgence ainsi que sur les enseignements tirés des précédentes épidémies pour orienter nos actions aujourd’hui. Cela inclut notamment l’extension de l’assistance alimentaire et nutritionnelle du PAM – qui soutient déjà des centaines de milliers de personnes vulnérables dans l’est de la RDC – aux patients atteints d’Ebola, à leurs familles et à toutes les personnes affectées par l’épidémie.

« L’insécurité alimentaire n’a pas commencé avec Ebola – mais Ebola l’aggrave », explique Nkakudulu du PAM, à propos d’un virus découvert pour la première fois il y a 50 ans dans ce qui était alors le Zaïre. « Si vous confinez les populations, elles auront besoin d’un soutien alimentaire. Et si elles n’ont pas accès à la nourriture, elles se déplaceront », augmentant ainsi le risque de propagation du virus – et de la faim.

« Nous sommes dans un pays extrêmement fragile – toutes les capacités pouvant être mobilisées pour venir en RDC doivent l’être », ajoute Ollo, appelant à une action coordonnée de la communauté internationale, y compris à une augmentation des financements.

Ampleur de l’épidémie d’Ebola « encore en évolution »

Two WFP employees confer over Ebola response; one wears a blue WFP T-shirt and vest, and the other a striped, button-down shirt. Photo: WFP/Gedeon Mugisa
Sib Ollo (à droite), qui dirige la réponse régionale du PAM à Ebola, a rencontré les autorités et visité des hôpitaux afin d’évaluer l’ampleur de la crise, qui, selon lui, « est encore en évolution ». Photo : PAM/Gedeon Mugisa

Ollo supervise la planification et la mise en œuvre de la réponse régionale du PAM à Ebola, qui couvre pour l’instant le nord-est de la RDC. Ces derniers jours, il a rencontré les autorités ainsi que des membres de la société civile dans les provinces touchées et a visité des hôpitaux traitant des patients suspects d’Ebola.

« L’ampleur réelle de la crise est encore en train de se révéler », explique Ollo au sujet de ce virus qui, selon les experts, pourrait circuler depuis plusieurs semaines avant d’avoir été détecté.

Nkakudulu se concentre quant à lui sur la réponse à Ebola du PAM dans la province de l’Ituri, où se concentre la majorité des cas suspects.

« L’épidémie connaît une expansion géographique », précise Nkakudulu, indiquant qu’elle touche désormais sept zones de santé en Ituri. « Il existe également un déni au sein de la population, ce qui rend son endiguement très difficile. »  

« Notre priorité est de sauver des vies sur tous les fronts. » – Olivier Nkakudulu, chef du bureau de terrain du PAM dans la province de l’Ituri

Lorsque le PAM est alerté d’une urgence comme Ebola, il agit immédiatement.

« Dans des régions comme l’est de la RDC, où de nombreuses familles étaient déjà confrontées à la faim, l’impact est encore plus grave », explique Ollo. « Nous évaluons donc la situation, coordonnons avec les partenaires et déployons nos capacités logistiques et nos services aériens pour acheminer les fournitures essentielles. »

Dans le même temps, le PAM augmente l’assistance alimentaire, car de tels chocs aggravent une situation déjà fragile. « Notre priorité est de sauver des vies sur tous les fronts », souligne Nkakudulu.

Le bureau du PAM à Bunia a également mis en place des mesures de prévention pour protéger le personnel et les partenaires, notamment le lavage obligatoire des mains et la prise de température à l’arrivée, l’organisation de séances de sensibilisation sur Ebola, ainsi que la distribution de kits de prévention comprenant des gants, des masques et du gel hydroalcoolique. Le site a également identifié un espace permettant d’isoler les personnes présentant une température élevée.

Ebola + réduction des financements = aggravation de la crise alimentaire

A woman wearing a blue WFP vest speak to two other women dressed in blue gowns preparing food. Behind them is a sign about the fight to stop Ebola. Photo: WFP/Benjamin Anguandia
L’agent de programme du PAM, Nikhila Gill, échange avec des femmes préparant des repas pour les personnes affectées par Ebola ainsi qu’avec le personnel médical intervenant face à l’épidémie à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu en RDC. Photo : PAM/Benjamin Anguandia

L’épidémie de Bundibugyo menace d’aggraver l’une des plus grandes crises de la faim au monde, qui touche 26,5 millions de personnes en RDC, dont près de 10 millions dans l’est du pays. Dans la seule province de l’Ituri, plus d’un tiers de la population souffre d’insécurité alimentaire aiguë ou pire, dont plus de 500 000 personnes confrontées à une faim d’urgence.

« L’ampleur des déplacements, de la faim et de la malnutrition est énorme en RDC », explique Ollo. « Le PAM doit maintenir sa présence et répondre à ces besoins à grande échelle – et Ebola constitue une crise supplémentaire à laquelle nous devons faire face. »

An Ebola health worker and survivor of the virus wearing full personal protective equipment (PPE) stands in an Ebola isolation ward in eastern DRC in this 2019 photo, raising a thumbs up. Photo: WFP/Jacques David
Le PAM a soutenu les réponses aux précédentes épidémies d’Ebola en RDC, en acheminant par voie aérienne du matériel et des fournitures médicales, en construisant des centres de traitement Ebola et en fournissant une assistance alimentaire aux survivants – comme cet agent de santé Ebola, photographié en 2019. Photo : PAM/Jacques David

Ollo et Nkakudulu avertissent qu’un ensemble de facteurs explosifs pourrait rendre la 17e épidémie d’Ebola en RDC extrêmement difficile à contenir : des conflits armés dans le nord-est du pays entraînant des déplacements massifs de population – et compliquant les efforts de coordination – à la méfiance et au déni de la maladie au sein des communautés affectées, en passant par l’ampleur de la propagation de l’épidémie et l’insuffisance des financements humanitaires pour y répondre.

« C’est une région vaste », explique Ollo à propos des zones touchées par Ebola. « Il ne s’agit pas seulement de zones isolées et reculées. Cela inclut également de grandes villes, densément peuplées et proches les unes des autres. »

Face à l’augmentation des besoins et à des ressources limitées, le PAM pourrait bientôt être contraint de faire des choix difficiles. « Allons-nous devoir prioriser les personnes atteintes d’Ebola au détriment de celles confrontées à une faim d’urgence ? », s’interroge Ollo. « C’est le défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui. »

Enseignements tirés du foyer Ebola de Mongbwalu – et de l’Afrique de l’Ouest

Workers carry unload cargo from a plain that will be used in the current Ebola response in eastern DRC. Photo: WFP
Des fournitures arrivent pour la réponse à Ebola en RDC. Le PAM travaille avec ses partenaires pour empêcher qu’une crise sanitaire ne se transforme en crise alimentaire. Photo : PAM

Le foyer épidémique d’Ebola de Mongbwalu, situé à 86 km de Bunia, illustre certains des défis auxquels les intervenants sont confrontés aujourd’hui, explique Nkakudulu, qui s’est récemment rendu dans la ville après la déclaration de l’épidémie.

« J’ai vu des communautés abandonnées, vivant sans rien », témoigne Nkakudulu, originaire de la RDC. « Elles ont besoin d’emplois, d’éducation, et d’un accès aux services sociaux de base, y compris aux soins de santé. Et cette crise renforce le sentiment d’abandon. »

Les villes minières constituent également des marchés essentiels pour le commerce local — un rôle désormais menacé par Ebola. Ollo décrit des camions qui, habituellement, se dirigeraient vers Mongbwalu chargés de marchandises, mais qui restent aujourd’hui immobilisés à Bunia.

« Si ces marchés s’effondrent, les conséquences sur l’insécurité alimentaire seront massives », avertit Ollo.

Le PAM et les autres intervenants tirent des enseignements des épidémies précédentes, expliquent Ollo et Nkakudulu — notamment de celle survenue il y a une décennie, lorsque la plus grande épidémie d’Ebola jamais enregistrée s’est propagée dans trois pays d’Afrique de l’Ouest.

« Ce qui était au départ une crise sanitaire s’est transformé en crise alimentaire en raison des mesures prises pour contenir l’épidémie — avec de fortes restrictions sur la circulation des denrées, des marchandises et des personnes », rappelle Ollo à propos de l’épidémie de 2014-2016 en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, qui avait entraîné une hausse des prix et une pénurie de denrées sur les marchés.

A man with a white WFP T-shift sits outside at night, checking his laptop in this 2015 photo from Guinea, backdropped by a lit-up metal units (an Ebola treatment centre) and a field. Photo: WFP/Rein Skullerud
Le PAM tire des enseignements de la réponse à la crise Ebola de 2014-2016 en Afrique de l’Ouest, période durant laquelle il a intensifié l’assistance alimentaire, le soutien logistique et les liaisons aériennes — notamment en Guinée, où cette photo a été prise en 2015. Photo : PAM/Rein Skullerud

En collaboration avec les autorités nationales et nos partenaires humanitaires, le PAM a intensifié l’assistance alimentaire et le soutien logistique, tout en utilisant les données disponibles pour modéliser l’impact de la maladie à virus Ebola sur la sécurité alimentaire. Nous avons également étendu les liaisons aériennes via le Service aérien humanitaire des Nations Unies (UNHAS), géré par le PAM, afin d’acheminer le personnel et les équipements humanitaires là où ils étaient nécessaires. Les donateurs internationaux ont également renforcé leur appui, mobilisant des financements, des équipements et des experts pour soutenir la réponse.

« Le PAM était en mesure de faire face à cette crise alimentaire, et nous avons beaucoup appris de la réponse en Afrique de l’Ouest », ajoute Ollo. « Mettons à profit ces enseignements et ce savoir-faire à grande échelle, face aux complexités actuelles que nous n’avions pas en Afrique de l’Ouest. »

« Construisons une réponse à cette crise centrée sur les communautés. Car les crises sanitaires, en particulier, commencent toujours avec les communautés — et se terminent avec elles. » – Sib Ollo, PAM

Pour ces deux intervenants de première ligne du PAM, cette nouvelle épidémie d’Ebola représente non seulement une tragédie en devenir, mais aussi une opportunité de changement positif.

« Construisons une réponse à cette crise centrée sur les communautés », déclare Ollo. « Car les crises sanitaires commencent toujours avec les communautés — et se terminent avec elles. »

« C’est une occasion de bâtir quelque chose de solide », ajoute Nkakudulu. « Un système robuste — pour prévenir l’apparition d’une 18e épidémie d’Ebola à l’avenir. »

Le PAM a besoin de toute urgence de 26 millions de dollars américains pour les trois prochains mois afin d’intensifier son soutien logistique et son assistance alimentaire d’urgence en faveur de plus de 146 000 personnes dans la province de l’Ituri et dans les communautés touchées par l’épidémie d’Ebola.

En savoir plus sur les activités du PAM en République démocratique du Congo.

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