Chaque repas compte : comment le PAM met l’intelligence artificielle au service d’une assistance alimentaire plus rapide et plus efficace
Le Programme alimentaire mondial (PAM) est reconnu pour sa capacité à intervenir en première ligne lorsque des conflits éclatent ou que des catastrophes surviennent, en mobilisant rapidement une aide d’urgence.
Dans les situations d’urgence, les familles peuvent tout perdre en quelques jours. Les équipes du PAM doivent alors agir vite, souvent dans des environnements surpeuplés et en constante évolution, où les populations sont déplacées, les données sont incomplètes et les besoins changent d’heure en heure. Dans ces contextes, certaines personnes vulnérables risquent de ne pas recevoir l’assistance dont elles ont besoin.
« Agir rapidement et avec précision n’est pas un luxe, c’est une nécessité. » – Magan Naidoo, responsable des données
« Lorsque les ressources sont limitées, la manière dont nous gérons l’information peut déterminer le nombre de personnes que nous sommes en mesure d’atteindre », explique Magan Naidoo, Directeur des données du PAM. « Agir rapidement et avec précision n’est pas un luxe, c’est une nécessité. »
C’est pourquoi le PAM accorde une attention particulière à la collecte, au stockage et à la gestion des informations relatives aux personnes ayant besoin d’assistance. Cette approche contribue à garantir que les bénéficiaires reçoivent le soutien approprié et que les ressources sont distribuées de manière équitable et précise. Pendant des années, cela a notamment impliqué la vérification manuelle des empreintes digitales et des données biographiques afin d’identifier d’éventuels doublons dans les bases de données.
Aujourd’hui, le PAM figure parmi les premières agences des Nations Unies à utiliser une technologie fondée sur l’analyse de photographies et l’intelligence artificielle pour traiter de grands volumes d’images en quelques secondes. Grâce à son Service de déduplication d’entreprise (Enterprise Deduplication Service - EDS), l’organisation peut désormais détecter les enregistrements en double beaucoup plus rapidement qu’auparavant.
Pourquoi des doublons peuvent-ils apparaître lors des interventions d’urgence ?
Les doublons dans les bases de données constituent un défi bien connu dans le secteur humanitaire, en particulier lors des interventions d’urgence menées dans des environnements complexes et en constante évolution.
Plusieurs facteurs peuvent en être à l’origine. Les populations déplacées sont souvent contraintes de se déplacer à plusieurs reprises pour fuir les violences ou rechercher de la nourriture et des moyens de subsistance. De plus, une même personne ou une même famille peut être enregistrée sous différentes orthographes ou dans plusieurs langues. Dans les premières phases d’une réponse d’urgence, les systèmes d’information des différentes organisations ne sont pas toujours entièrement harmonisés, ce qui peut également favoriser l’apparition d’enregistrements en double.
« Les doublons peuvent avoir des conséquences concrètes : certaines personnes peuvent recevoir davantage d’assistance que prévu, tandis que d’autres, qui en ont pourtant besoin, risquent de ne pas être prises en compte », explique Matthew Dee, Directeur adjoint de la chaîne d’approvisionnement et de la livraison.
« Lorsque les besoins sont immenses et que les ressources sont limitées, l’exactitude des informations peut faire toute la différence entre une personne qui reçoit l’aide alimentaire dont elle a besoin et une personne qui en est privée. »
Comment l’intelligence artificielle contribue à réduire les doublons
Le Service de déduplication d’entreprise (Enterprise Deduplication Service - EDS) utilise l’intelligence artificielle pour aider à identifier les éventuels doublons lors de l’enregistrement des bénéficiaires de l’assistance alimentaire. Le système analyse différentes informations, telles que les noms, les photographies et, à terme, des données biométriques comme les empreintes digitales.
Lorsque deux enregistrements semblent correspondre à une même personne, le système les signale pour un examen approfondi. Un membre du personnel procède ensuite à la vérification des informations et prend la décision finale. Le jugement humain demeure ainsi au cœur du processus, garantissant une gestion rigoureuse et responsable des données.
« Les personnes reçoivent l’assistance à laquelle elles ont droit, ni plus, ni moins. » - Jacqueline Flentge, Directrice de pays par intérim du PAM au Mali.
« Cet outil ne décide pas qui recevra une assistance », explique Jacqueline Flentge, Directrice de pays par intérim du PAM au Mali. « Il aide plutôt nos équipes à disposer d’une vision plus claire de la situation, afin que chacun reçoive l’assistance à laquelle il a droit, ni plus, ni moins. »
Au-delà de la détection des doublons, l’outil permet également d’identifier des problèmes liés à la qualité des données, que les équipes peuvent ensuite corriger. Il contribue ainsi à renforcer la fiabilité des opérations du PAM et la confiance accordée à ses interventions.
« En réduisant les doublons et en améliorant l’exactitude des données, l’EDS contribue à renforcer l’équité au profit des populations que le PAM assiste. »
Des résultats concrets : une assistance plus équitable, plus rapide et des économies mesurables
Les avantages financiers liés à une plus grande précision sont déjà visibles. Lors d’un projet pilote mené au Mali en 2025, l’EDS a permis d’économiser plus de 431 000 dollars en seulement six mois grâce à la réduction des doublons dans l’assistance distribuée. À mesure que la solution est déployée à l’échelle mondiale, elle devrait générer au moins 4,7 millions de dollars d’économies en 2026.
Avec un coût estimé à 70 cents par repas, ces économies représentent l’équivalent d’environ 6,7 millions de repas supplémentaires pouvant être distribués aux personnes dans le besoin.
« Chaque dollar économisé grâce à une meilleure gestion des données est potentiellement un dollar qui peut être transformé en nourriture », souligne Jacqueline Flentge.
Par ailleurs, l’outil permet aux équipes de gagner un temps précieux dans l’analyse des données. Des tâches qui nécessitaient auparavant plusieurs semaines, notamment la comparaison manuelle de feuilles de calcul et le tri de longues listes de bénéficiaires, peuvent désormais être réalisées en quelques heures.
Le système est également jusqu’à 50 % moins coûteux que d’autres solutions biométriques. Cette performance s’explique en partie par son recours à des modèles d’intelligence artificielle open source, qui ne nécessitent pas le paiement de frais de licence.
Une utilisation responsable de l’IA pour garantir la protection des données
La protection des données est une priorité absolue pour le PAM. Le système a été examiné par les experts du PAM et soumis à des audits externes afin de garantir sa conformité aux politiques et aux normes en matière de protection des données et de respect de la vie privée. Avant son déploiement dans de nouveaux contextes, il fait l’objet d’évaluations approfondies de la confidentialité et d’analyses des risques liés à la protection des données.
Le système permet également de recueillir les informations de manière moins intrusive et davantage respectueuse des sensibilités culturelles. Comme l’explique Jacqueline Flentge :
« Nous pouvons désormais mieux garantir que les bonnes personnes reçoivent l’assistance appropriée grâce à une technologie de reconnaissance faciale qui fonctionne sans que les bénéficiaires aient à retirer des éléments culturellement importants, tels que les voiles ou les turbans. Cela améliore l’expérience des personnes que nous servons sans ralentir l’acheminement de l’aide, tout en favorisant la dignité, le respect et l’efficacité. »
Il est essentiel de souligner que, si l’intelligence artificielle soutient les opérations, les décisions demeurent toujours du ressort du personnel du PAM.
Et la suite ?
L’outil a déjà été déployé au Mali et testé dans plusieurs pays, notamment en Afghanistan, au Burkina Faso, au Cameroun, au Mozambique, au Niger, en Somalie et en Ouganda.
À une époque où les besoins humanitaires augmentent tandis que les ressources restent limitées, les innovations les plus utiles sont celles qui permettent aux équipes humanitaires d’atteindre davantage de personnes, plus rapidement, tout en préservant leur dignité et en garantissant une assistance équitable.