Skip to main content

« Ce prix est la preuve que seul le travail paie ! »

Au Niger, les femmes agricultrices prennent leur destin en main
, Tiphaine Walton

« Lorsque j'ai regagné mon village après 20 ans de mariage dans une contrée voisine, je suis rentrée sans un sous en poche avec 6 enfants à ma charge. » explique Fassouma Chaweye, 40 ans, petite productrice du village de Danja dans la région de Maradi au sud du Niger.

1*Wxc4g67bFzASUeCht-84Bg.jpeg
Fassouma Chaweye. PAM/Tiphaine Walton

L'histoire de cette femme est malheureusement d'une triste banalité. Au Niger, pays où les crises et chocs climatiques répétés ont sévèrement fragilisé les populations, les femmes sont souvent susceptibles d'être les premières affectées. Elles sont parfois seules à s'occuper de leur famille et l'accès à la terre est difficile pour celles qui luttent pour trouver un moyen de nourrir leur foyer.

Mais cela n'est pas une fatalité. Tout comme l'atteinte d'un monde sans faim n'est pas un rêve inaccessible.

L'égalité femme-homme est un facteur crucial pour mettre fin à la faim dans le monde. Le Programme Alimentaire Mondial intègre les questions de genre à plusieurs niveaux de son action. Afin de redynamiser l'économie locale et d'encourager les petits producteurs, le PAM achète une partie de ses vivres localement à des organisations paysannes. En 2017, le PAM a acheté 33 000 tonnes de vivres sur le marché nigérien, dont près de 2 000 aux organisations paysannes. Ces stocks alimentent en grande partie les programmes de cantines scolaires au Niger.

Ces organisations paysannes, le PAM tient à ce qu'elles profitent aux femmes et les cible en fonction de la part de femmes représentées dans les organes de décision, elle doit être d'au moins un tiers. Certaines sont d'ailleurs entièrement composées de femmes, c'est un formidable levier pour leur autonomisation.

« A mon retour, j'ai commencé à cultiver un lopin de terre hérité de mon père et je revendais ma production au marché à des prix bien trop bas pour entretenir ma famille. Puis j'ai entendu parler des achats locaux du PAM et c'est ainsi que j'ai intégré l'organisation paysanne Abou na Allah de Danja il y a 3 ans. Grâce aux bénéfices des achats locaux, j'ai pu mettre de l'argent de côté et acquérir mon propre toit cette année » déclare Fassouma.

Les témoignages des femmes de l'organisation paysanne Abou na Allah sont profondément encourageants pour le développement du tissu économique local. Enfin, ces femmes sont sereines et ne dépendent que d'elles-mêmes. Elles sont rayonnantes.

Saoudé Garba est d'autant plus rayonnante que son organisation vient d'être primée par le PAM comme meilleure organisation paysanne de l'année ! La dynamique présidente de 33 ans a reçu une enveloppe de 800 000 FCFA (environ 1 300 euros) qu'elle entend bien réinjecter dans l'organisation pour renforcer sa production pour 2018. « Nous sommes très fières d'avoir remporté ce prix qui est la preuve que seul le travail paie ! »

1*7zI-vMGbJ4PFLOaC5EG8OQ.jpeg
Saoudé Garba. PAM/Tiphaine Walton

Ces initiatives permettent de réduire la migration dans nombre de foyers. Auparavant, beaucoup d'entre elles migraient quelques mois à Niamey, voir plus loin et plus longtemps, afin de trouver de quoi subsister. Des études menées par le PAM et ses partenaires démontrent que dans les communes où le PAM intervient la migration a baissé jusqu'à 60%.

Lors de notre visite, une autre femme nous fait signe de nous approcher. Elle aussi tient à faire partager son bonheur de vivre dans une communauté qui a retrouvé la paix. Maimouna Garba, veuve âgée de 45 ans, témoigne « Depuis 3 ans que je participe aux travaux de récupération des terres dans mon village, j'arrive à mettre un peu d'argent de côté et j'investis dans l'éducation de mes enfants sans tendre la main à personne. »

1*yr1kAkjNZ39NyPFF5LuZIg.jpeg
Maimouna Garba. PAM/Tiphaine Walton

Le PAM apporte également son soutien aux villageois pour qu'ils se réapproprient leurs terres dégradées par le changement climatique. Ils apprennent de nouvelles techniques culturales qui portent vraiment leurs fruits.

« Ce travail, en reverdissant nos terres, permet surtout de garder nos hommes mais aussi nos femmes au village quand pour eux l'exode constituait la seule alternative pour un lendemain meilleur. Ce temps-là est révolu » conclut Maimouna.

1*XGm5J9SC4pKaPG7LOQ2OzA.jpeg
PAM/Tiphaine Walton