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Mali: "ils ont attaqué notre village alors que nous étions au marché"

Le Programme alimentaire mondial mobilisé alors que la violence alimente la faim, poussant de nombreuses personnes à fuir leur foyer
, par Mahamadou Abdourhamane
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Le mari de Sadio a été tué lors d'une attaque contre son village. Elle et ses deux enfants ont depuis été déplacés. Photo: PAM/Mahamadou Abdourhamane

Cet article marque l'anniversaire de la résolution 2417, adoptée par le Conseil de sécurité de l'ONU le 24 mai 2018, interdisant l'utilisation de la faim comme arme de guerre et confirmant les liens entre la faim et les conflits. 

Sadio se souvient de chaque détail de la journée qui a fait basculer sa vie et celle de sa famille. C’était un jour de marché, un midi. Elle était dans une foire avec ses deux enfants. Des individus armés non identifiés sont arrivés et ont ouvert le feu dans le village. 

“Ils ont tué mon mari, mes oncles et d’autres habitants du village » a-t-elle raconté, les larmes coulant sur son visage. 

Sadio et ses enfants ont eu la vie sauve grâce à l’intervention de voisins qui les ont aidé à fuir leur village jusqu’à Sevare, la capitale de la région de Mopti au centre du Mali.

Les conflits intercommunautaires et les déplacements de populations, conjugués aux effets du changement climatique, continuent de pousser des milliers de familles dans l'insécurité alimentaire. En collaboration avec le gouvernement du Mali, le Programme alimentaire mondial (PAM) et ses partenaires apportent une assistance alimentaire d'urgence sous forme de transferts monétaires aux personnes déplacées, aux réfugiés, aux rapatriés et aux familles touchées par le conflit.

“Nous avons été accueillis ici par une famille. Grâce à elle nous avons un toit et de la nourriture” partage Sadio. 

Dans leur fuite, les personnes déplacées internes partent souvent les mains vides, et leurs enfants sont déscolarisés pour une durée indéterminée. Elles dépendent de la solidarité internationale et surtout de leurs familles d’accueil pour satisfaire leurs besoins primaires notamment le logement, l’eau, l’hygiène, et l’alimentation.

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Le personnel du PAM et ses partenaires organisent des distributions de vivres dans la région de Gao. Photo: PAM/Mahamadou Abdourhamane

Certains déplacés internes se battent pour joindre les deux bouts car la solidarité communautaire signifie que les familles d’accueil deviennent aussi vulnérables à force de partager, avec leurs hôtes, les maigres ressources dont elles disposent. 

"J’aide les familles dans leurs tâches ménagères notamment à faire la vaisselle ou la lessive. En retour, certaines me donnent de la nourriture, d’autres de l’argent. C’est comme ça que je subviens à nos besoins » a témoigné Sado. 

Le parcours et le récit de cette jeune maman ressemblent à ceux de nombreuses autres familles qui sont forcées de fuir leurs villages, à cause de l’insécurité, vers des endroits relativement paisibles comme les villes de Sevare, Ségou et Bamako.

Au 31 janvier 2021, le Mali comptait près de 347 000 personnes déplacées internes. Dans la seule région de Mopti, 3 000 nouvelles personnes déplacées internes ont été enregistrés entre décembre 2020 et février 2021. 

Besoins alimentaires de base 

Dans son village d’origine, elle vendait des articles alimentaires et des produits manufacturés. Son défunt mari avait un champ d’arachide et un jardin maraîcher qui constituaient leur source de revenus. 

Depuis leur déplacement forcé, Sadio et ses enfants ont tout perdu. Ils font désormais partie des milliers d’autres personnes actuellement incapables de répondre à leurs propres besoins alimentaires de base. 

Selon les résultats de l'analyse de la situation de la sécurité alimentaire réalisée en mars 2021, quatre millions de personnes au Mali sont en situation d’insécurité alimentaire, c’est à dire, incapables de se procurer de la nourriture en qualité et en quantité suffisante pour mener une vie saine et productive. Parmi elles, 867 000 hommes, femmes et enfants sont en situation de crise qui nécessite une réponse alimentaire d’urgence entre mars et mai 2021. Les effets combinés des conflits violents, déplacements forcés de populations, aléas climatiques, et pandémie de COVID-19 constituent les principales causes de cette situation.

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Les conflits et les déplacements, associés aux effets du changement climatique, sont les principaux moteurs de l'insécurité alimentaire au Mali. Photo: PAM/Mahamadou Abdourhamane

En collaboration avec le gouvernement du Mali, le PAM a fourni, entre janvier et avril 2021, une assistance alimentaire d’urgence sous forme de transferts monétaires à 180 000 personnes nouvellement déplacées à l’intérieur du Mali y compris Sadio et ses deux enfants.

Travaillant étroitement avec les communautés, le PAM contribue au renforcement de leurs capacités d’absorption, d’adaptation et de transformation des chocs à travers un ensemble d’activités intégrées telles que l’alimentation scolaire, la prévention de la malnutrition, le renforcement des moyens d’existence et des chaînes de valeurs sensibles à la nutrition.

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Une femme déplacée à l'intérieur du pays participe à une distribution de vivres dans la région de Ségou. Photo: PAM/Mahamadou Abdourhamane

Au-delà de l’assistance reçue, Sadio rêve d’une seule chose : la fin des atrocités afin qu’elle puisse rentrer chez elle.  

" Ici, je me sens plus ou moins en sécurité. Mais ce n’est comme chez nous où l’on pouvait tout avoir. On buvait du lait à volonté et on avait de la nourriture en abondance" a-t-elle déclaré.

Pour continuer à répondre aux besoins alimentaires d’urgence des populations vulnérables au cours des six prochains mois, le PAM a besoin de plus de 79 millions de dollars US.

Au Mali, l’assistance alimentaire d’urgence fournie par le PAM est financièrement soutenue par l’Allemagne, le Brésil, le Canada, l’Espagne, les Etats Unies d’Amérique, la Finlande, la France, le Gouvernement du Mali, l’Italie, le Japon, la République de Corée, le Royaume Uni et la Suisse.

En savoir plus sur l'action du PAM au Mali

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