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Ne laissez pas tomber ceux qui souffrent de la faim.

Op-Ed de James Morris - Inondations, fléaux, guerre, peste et famine…même à l'âge de la conquête spatiale, nous souffrons encore des maux les plus anciens. Nous avons assisté, cette année, à une succession sans répit de catastrophes, qu'elles soient naturelles ou du fait de l'homme.

Nous avons assisté, cette année, à une succession sans répit de catastrophes, qu'elles soient naturelles ou du fait de l'homme. Elles se sont enchaînées dès le début de 2005 avec la crise du tsunami dans l'Océan Indien où le PAM est immédiatement intervenu. Et l’année se termine sur une autre urgence : nourrir plus d'un million de survivants au tremblement de terre au Cachemire.

Année exceptionnelle en catastrophes

Dans l'intervalle, nous nous sommes efforcés de nourrir des centaines de milliers de personnes touchées par la sécheresse et l'invasion de criquets au Niger et des millions d'autres subissant des violences incessantes au Darfour. Nous avons eu les ouragans Katrina et Stan.

Nous n’avons eu aucun répit cette année. 2005 s'est avérée être l’année la plus difficile pour les acteurs humanitaires depuis la Seconde Guerre Mondiale, une année exceptionnelle en catastrophes pour des millions de personnes dans le monde en développement.

Tsunami

Alors que le tsunami a donné lieu à une gigantesque vague de générosité - les fonds coulant à flot de la part des gouvernements, du secteur privé et de particuliers - on ne peut pas en dire autant pour les autres situations d’urgence que nous avons connues cette année.

L'argument de la lassitude des donateurs est trop simple. Les donateurs ont été inondés d'appels tout au long de l'année 2004 également mais lorsque le tsunami a frappé, il n'y a pas eu de limites à leur générosité. Deux semaines après le lancement de l'appel d'urgence, l'opération de secours du Programme alimentaire mondial des Nations Unies était déjà financée à 80 %. D'autres organisations humanitaires ont même demandé aux gens d'arrêter de donner car elles avaient déjà récolté assez d'argent pour financer leurs programmes.

Il y avait quelque chose dans le tsunami qui a touché les cœurs sans commune mesure avec d'autres crises. C'est principalement l'image du tsunami lui-même – cette immense vague balayant les villages et leurs habitants, détruisant tout sur son passage – qui a choqué l'imagination des gens et les a incités à réagir. La couverture médiatique ainsi que le moment où le tsunami est survenu - pendant les vacances de Noël – ont également joué rôle.

Crises silencieuses

Pourtant, alors que chacun sait que les victimes d'autres catastrophes ne souffrent pas moins que celles du tsunami, il n'y a pas le même phénomène de choc. Nous nous sommes tous habitués aux images télévisées des sécheresses, des inondations, des glissements de terrains et des tremblements de terre, et même des guerres.

Nous ressentons encore de la compassion mais nous avons perdu le sens de l'urgence. Et ce que nous ressentons en tant qu'individus se retrouve dans l'action des gouvernements – les dons arrivent mais souvent beaucoup plus lentement que ce qu'il faudrait. C'est ainsi que huit semaines après le tremblement de terre qui a tué plus de 70 000 personnes dans le nord du Pakistan et dans la région du Cachemire administrée par les autorités pakistanaises, l'appel d'urgence des Nations Unies était financé à moins de 30 %.

De la même manière, c'est seulement lorsque des images effroyables du PAM montrant des enfants mourrant de faim au Niger ont été diffusées à la télévision par la BBC que le monde a pris conscience de la crise et a réagi en faisant des dons qui, malheureusement, sont arrivés trop tard pour beaucoup d’enfants.

« Trop peu, trop tard ». C’est ce que nous entendons trop souvent chez les humanitaires. En fin de compte, la réaction de la plupart des grands donateurs est formidable. Malheureusement, il y a inévitablement un délai entre le moment de la catastrophe et l’arrivée de secours.
On ne peut pas se contenter d'envoyer de l'aide lors d'une crise.

Pakistan

Dans les jours qui ont suivi le tremblement de terre au Pakistan, les routes étaient encombrées de camions et de voitures chargées de secours donnés par de généreux donateurs pleins de bonne volonté. On peut encore voir aujourd'hui une grande partie de cette "aide", envoyée dans la précipitation, empilée sur le bord des routes.

Ce qu'il fallait plus que toute autre chose pendant ces premiers jours, c'était d'énormes quantités de tentes, de couvertures et de matériel médical. Ensuite de la nourriture, de l'eau potable et du matériel sanitaire.

Il fallait que nous sachions combien de personnes avaient besoin d'aide, où elles se trouvaient et comment nous pouvions les atteindre. Et comme pour toutes situations d'urgence majeures, l'opération de secours nécessitait des millions de dollars de financement – dans le cas du Pakistan, quelque 550 millions de dollars pour les six mois à venir. Récolter une telle somme prend du temps, et dans les situations d'urgence, le temps est un luxe dont nous ne disposons pas.

Besoin de fonds

Nous avons certains moyens à notre disposition pour mobiliser l'aide d'urgence en attendant les dons. Le PAM a ce que l'on appelle un Compte pour Réaction Immédiate, un fond de roulement réapprovisionnable pouvant atteindre 70 millions de dollars. Mais le solde actuel est inférieur à 28 millions de dollars, ce qui nous laisse une marge de manœuvre dangereusement faible si une autre situation d'urgence se déclarait dans un avenir proche.

L'ONU discute actuellement de la possible augmentation de ses fonds centraux existants pour fournir une assistance en attendant l’arrivée des contributions. Le PAM essaye pour sa part de mettre en place un programme qui consiste à fournir aux communautés vulnérables une « assurance famine » contre les catastrophes naturelles.

Personne ne sait ce que 2006 nous réserve. Nous pouvons tous espérer une année plus calme, avec des pluies en temps voulu et une activité sismique limitée. Mais nous devons être prêts à toute éventualité. Et si nous devons lancer des appels à nos donateurs déjà généreux pour d'autres financements, c'est exactement ce que nous ferons.

James Morris

Directeur Exécutif du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies