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La «période de soudure» en Darfour

Le PAM cherche à nourrir plus de la moitié de la population du Darfour - jusqu’à 3,5 millions de personnes.

Khartoum,
2005-06-17 (Communiqué de presse) - Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a déclaré aujourd’hui que jusqu’à 3,5 millions de personnes – soit plus de la moitié de la population totale du Darfour, dans l’ouest du Soudan – auraient besoin d’une aide alimentaire au plus fort de la «période de soudure», d’août à octobre.

Le PAM a par conséquent révisé son Opération d'urgence et a demandé 94 millions de dollars supplémentaires pour se procurer 84 000 tonnes additionnelles de vivres et faire passer ses objectifs mensuels à 3,25 millions de personnes sur une un total de 3,5 millions de personnes ayant besoin d’aide pendant les mois d’août à octobre.

Par ailleurs, le Comité international de la Croix-Rouge s’est donné pour objectif de nourrir jusqu’à 320 000 personnes, par mois, au Darfour.

«Le conflit du Darfour dure malheureusement depuis près de deux ans et demi. En mai, le PAM a nourri 1,8 million de personnes – un chiffre record. La plupart vivent dans des camps, après avoir été contraints de quitter leurs maisons et leurs fermes», a indiqué Ramiro Lopes da Silva, directeur de l’opération du PAM au Soudan.

«Beaucoup d'autres, toutefois, ne peuvent plus subvenir à leurs besoins en raison de l'insécurité, de la sécheresse, de la mauvaise récolte de l'an dernier, et de la fermeture des marchés locaux. Elles ne vivent pas dans les camps, mais elles sont, elles aussi, prises au piège du Darfour, et elles ont d'urgence besoin de notre aide pour survivre », a-t-il ajouté.

L'opération révisée du PAM prévoit que le nombre de personnes déplacées au Darfour – 1,5 million – restera inchangé. Par contre, celui des personnes non déplacées ayant besoin d'une assistance atteindra 2 millions, dont un nombre non négligeable de nomades.

À mesure que la saison de la soudure avancera et que les maladies véhiculées par l'eau pousseront à la hausse les taux de malnutrition, le nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire du PAM continuera d'augmenter pour se situer à 3,25 millions d'août à octobre.

En novembre, à la fin de la saison des pluies, lorsque les récoltes commenceront, ce chiffre devrait progressivement être ramené à moins de 3 millions.

Le nouveau total, en augmentation par rapport aux prévisions antérieures du PAM qui avait tablé sur un maximum de 2,8 millions de personnes dans le besoin, comprend les personnes dont on pensait qu'elles auraient de quoi se nourrir mais qui sont aujourd'hui vulnérables.

Ces personnes dans le besoin sont restées dans leurs villages. Elles ont encore quelques animaux et disposent d’autres moyens de survie, mais leurs sources de revenus diminuent parce qu’elles ne peuvent plus se rendre sur les marchés. Leur porter assistance limitera le risque qu’elles partent pour les camps de déplacés afin de trouver de quoi se nourrir.

L’insécurité, le conflit et la mauvaise récolte ont disloqué les moyens de subsistance, empêché les migrations traditionnelles, paralysé l’activité commerciale et fait obstacle au retour des personnes déplacées.

Les nomades ayant limité leurs déplacements et par conséquent le surpâturage dans les zones pauvres en eau ont créé des conditions analogues à celles de la sécheresse.

Les combats ont entravé la migration traditionnelle de chameaux vers les marchés voisins et les ventes de bétail à l'intérieur et à l'extérieur du Darfour, ce qui a fait plonger le pouvoir d’achat des nomades.

La région de Kutum, dans le Darfour Nord, comptait 15 marchés. Tous ont fermé, sauf un auquel il n’est possible de se rendre qu'avec une escorte armée. Les combats ont réduit l’activité agricole, les prix des céréales ont flambé et l'approvisionnement des marchés est presque nul.

À Dar Zagawa, l’insécurité a poussé les habitants à fuir pour le nord, ce qui fait peser des contraintes insupportables sur des ressources en eau et aliments sauvages très limitées.

Une mission inter organisations menée en mars a conclu que, faute d’une aide humanitaire immédiate, «cette détérioration déclenchera une spirale irréversible de déplacements de populations, de tensions entre les communautés hôtes et les personnes déplacées au sujet de l’accès aux sources d’eau…, ce qui pourrait provoquer une situation de famine dans toute la région.»

Dans le cadre du nouveau plan, le PAM fournira des rations complètes à jusqu'à 1,5 million de déplacés et 800 000 autres personnes. En outre, des demi-rations seront distribuées à un nombre croissant de personnes non déplacées, pour éviter qu’elles ne partent pour les camps de déplacés et pour atténuer les tensions locales. Le PAM continuera à soutenir les programmes d'alimentation complémentaire et thérapeutique en faveur des enfants souffrant de malnutrition.

Pour aider un maximum de 3,25 millions de personnes, le PAM devra disposer de 84 000 tonnes supplémentaires de nourriture – qui s'ajouteront aux 485 000 tonnes déjà requises à l’origine pour 2005.

Afin d’atteindre un plus grand nombre de personnes dans les plus brefs délais, le PAM et ses partenaires conduiront des distributions à base communautaire. Cela signifie que les chefs et les comités locaux dresseront des listes des personnes les plus vulnérables et contrôleront les distributions.

Les organisations partenaires auront pour tâche d’informer les populations locales de la manière dont les distributions seront réalisées et surveilleront qui reçoit quoi.

De plus, des équipes mobiles du PAM commenceront à distribuer directement des secours alimentaires dans les régions – par exemple, celles qui sont aux mains des rebelles – où les partenaires de l’organisation ne peuvent pénétrer.

«Nous faisons tout ce que nous pouvons pour atteindre les populations dans les zones aux mains des rebelles et dans celles qui sont contrôlées par le gouvernement. Nous les nourrirons si les donateurs nous apportent un soutien suffisant. Faute de quoi, de nombreuses personnes souffriront de la faim en cette période difficile de l’année», a déclaré Ramiro Lopes da Silva.

Pour son opération d'urgence révisée au Darfour en 2005, le PAM a reçu 324 millions de dollars sur un total de 561,5 millions de dollars demandés, ce qui représente un manque à recevoir de 42 %.

Les États-Unis ont versé 47 % du total reçu à ce jour, soit 265,5 millions de dollars. Les autres donateurs sont la Commission européenne (27,2 millions), le Canada (10,5 millions), le Royaume-Uni (7,5 millions), l'Allemagne (4,7 millions), les contributions multilatérales (2 millions), les Pays-Bas (2 millions), l'Australie (1,96 million), les Émirats arabes unis (790 000), l'Italie (636 000), le Luxembourg (460 000), la Suisse (340 000), Andorre (36 000) et la Slovénie (33 000).