Les actes de piraterie contraigent le PAM à utiliser la voie terreste en Somalie

Publié le 05 décembre 2005
Quatorze camions ont atteint dimanche la ville de Wajid dans la région de Bakol en Somalie, une première depuis 2001...

WAJID - Suite aux actes de piraterie commis dans la Corne de l'Afrique, le Programme alimentaire mondial des Nations Unies a été contraint de fermer ses lignes habituelles d'acheminement par la mer. L’arrivée du premier convoi de camions dans le sud de la Somalie a été annoncée pour aujourd'hui. La voie terreste n'a plus été utilisée par le PAM pour transporter l'aide alimentaire depuis près de cinq ans.

Au moins 500 tonnes de vivres acheminées à Wajid

Quatorze camions ont atteint dimanche la ville de Wajid dans la région de Bakol après avoir parcouru 1.200 km depuis le port kényan de Mombasa et franchi 25 barrages en Somalie. 720 personnes, déplacées à l’intérieur du pays ou raptriées, ont reçu de la nourriture aux abords de Wajid.
Trois autres camions, ralentis par des pannes, sont attendus à Wajid dans les jours qui viennent. Le convoi du Programme alimentaire mondial transporte 500 tonnes de vivres.
« C’est une grande réussite, mais elle intervient seulement parce que des pirates ont attaqué nos bateaux et d'autres navires cette année », a fait tristement remarquer le directeur du PAM pour la Somalie, Zlatan Milisic. "Il est 25 à 30% moins cher d'acheminer l'aide alimentaire par la mer que par voie terrestre, et les bateaux peuvent transporter beaucoup plus. Nous avons dû emprunter la voie terrestre parce que les propriétaires de bâteaux jugent trop risqué de prendre la mer vers le Sud ».
L’aide alimentaire acheminée équivaut à 137 tonnes de maïs offertes par le Danemark et les Pays-Bas, 20 tonnes d’huile données par la Suède, 50 tonnes de légumes secs par le Canada et 293 tonnes de maïs achetées grâce aux fonds de la Banque africaine de développement.

Une situation humanitaire précaire

Nous devons employer des convois terrestres au moment même où la situation humanitaire au Sud de la Somalie se déterioreZlatan Milisic, directeur du PAM pour la Somalie
"Nous devons employer des convois terrestres au moment même où la situation humanitaire au Sud de la Somalie se déteriore, a déclaré M. Milisic. Cela ne pouvait pas arriver à un plus mauvais moment ; les pluies au sud du pays sont insuffisantes et la pénurie de nourriture s’annonce grave ; c’est pourquoi, le Programme alimentaire mondial doit augmenter ses livraisons au Sud, et cela s’avèrera très difficile ».

Une crise alimentaire à l'horizon

La saison des pluies a été retardée de trois semaines en octobre. Il y a certes eu quelques averses localisées, mais elles ont été insuffisantes. Même si elles étaient importantes ce mois-ci, on devra de toute façon faire face à une situation de crise dans les régions de Gedo et de Juba. Selon les prévisions, la production totale de céréales en Somalie entre juin 2005 et mai 2006 sera la plus basse de la décennie.
Le Programme alimentaire mondial se fixe pour objectif de venir en aide à plus d’un million de personnes en Somalie. 640 000 d’entre elles vivent dans le sud. Les régions les plus touchées sont Gedo, Bakol et Juba. Depuis octobre, on assiste à des mouvements inhabituels de population et de troupeaux vers la rivière Juba. Le nombre de personnes ayant besoin d’aide pourrait donc facilement augmenter.
Les taux de malnutrition dans plusieurs endroits du sud de la Somalie touchés par les conflits, la sécheresse et les inondations ont déjà atteint des niveau innaceptables. Plus de 20% des enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition sévère (pour le Programme alimentaire mondial, un taux de 15 % ou plus se définit comme une situation d’urgence).

Des stocks de nourriture amoindris

Dans le pire des scénarios, le Programme alimentaire mondial pourrait avoir besoin de 50 000 tonnes de nourriture pour le sud au cours des six prochains mois. Les stocks du Programme alimentaire mondial sont plus bas que jamais en raison des actes de piraterie. Le Programme alimentaire mondial en a directement fait les frais cette année lorsque deux de ses vaisseaux ont été capturés, l’un deux ayant été retenu pendant trois mois. Les propriétaires de bâteaux estiment qu’il est trop dangereux de prendre la mer pour la Somalie. Ils exigent pour ce faire des escortes militaires.

La mer la plus dangereuse du monde

LLes eaux territoriales de la Somalie sont considérées comme les plus dangereuses du monde. Le gouvernement fédéral de transition a signé en novembre un accord de deux ans d’un montant de 50 millions de dollars avec la compagnie new-yorkaise Top Marine Security afin que des mesures soient prises contre les pirates.

Des convois terrestres, une première depuis 2001

Alors qu’il emprunte la route du Kenya au sud de la Somalie pour la première fois depuis 2001, le Programme alimentaire mondial prévoit également d’acheminer de l’aide de Djibouti vers le nord de la Somalie par la route.

Plus de fonds sont nécessaires

Nous avons un besoin urgent de plus de fonds car les besoins alimentaires et les coûts de transport augmententZlatan Milisic
« Nous avons un besoin urgent de plus de fonds car les besoins alimentaires et les coûts de transport augmentent. Il nous faut aussi obtenir un meilleur accès aux communautés affectées », a déclaré M. Milisic. A ce jour, 17 millions de dollars manquent encore à l’appel, soit 24% de la somme requise pour mener à bien l’opération.
Le PAM a lancé un appel pour 71 millions de dollars afin de financer son opération en Somalie. Débutée en 2003, celle-ci doit durer jusqu’en juin 2006. Parmi les donateurs, on trouve : les Etats-Unis (31,7 millions), les donateurs multilatéraux (5,6 millions), l’Italie (5 millions), le Canda (4,4 millions), le Japon (2,1 millions), les Pays-Bas (1,4 million), la Grèce (1,3 million), la Banque africaine de développement (500 000), la Finlande (470 000), la Norvège (435 000), la Suisse (247 000), les donateurs privés (190 000), l’Irlande (95 000), la Malaisie (60 000), le Maroc (7 000).