Le PAM et l’UNICEF s’inquiètent des risques d’une aggravation de la sécheresse au Kenya

Publié le 02 mars 2006
NAIROBI - Les directeurs exécutifs du Programme Alimentaire Mondial et de l’UNICEF, James T. Morris and Ann M. Veneman, doivent rencontrer aujourd’hui le président Mwai Kibaki pour lui demander de porter une attention accrue à l’impact catastrophique de l’intensification de la sécheresse.

Les deux responsables d’agences des Nations Unies viennent de conclure un voyage en République Démocratique du Congo, au Rwanda et au Burundi où ils ont encouragé, en coordination avec le HCR, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, une plus grande coopération pour réduire la pauvreté, augmenter l’accès à la nourriture et améliorer l’éducation pour les enfants les plus vulnérables.

Sécheresse dévastatrice

La sécheresse au Kenya, résultat de deux saisons consécutives de précipitations insuffisantes, y compris les petites pluies en 2005 (d’octobre à décembre), a touché 25 districts. Quelque 3,5 millions de personnes, y compris 500 000 écoliers, auront besoin d’une aide alimentaire en 2006. Près de 60 000 femmes et enfants sont mal nourris. Plus de 4,5 millions de personnes sont touchées par le manque d’eau.

Dans la province du nord-est, toutes les étendues d’eau – qui suffisent d’ordinaire aux besoins de 80 pour cent de la population – se sont asséchées. Des milliers d’animaux sont morts et d’autres suivront. Les familles pastoralistes qui ont perdu leur bétail vont se retrouver dénuées de toute ressource, sans aucun moyen pour se nourrir et pour survivre.

Prévisions alarmantes

Si les pluies du mois d’avril s’avèrent être aussi faibles que certaines personnes le prédisent, le nombre de familles ayant besoin d’aide pourrait augmenter au cours des prochains mois. Sans une aide alimentaire d’urgence nous craignons le pire James Morris
« Nous sommes encore loin de pouvoir subvenir aux besoins alimentaires des millions de personnes, qui sont en danger à cause de la sécheresse, a déclaré James Morris, directeur exécutif du PAM. Et si les pluies du mois d’avril s’avèrent être aussi faibles que certaines personnes le prédisent, le nombre de familles ayant besoin d’aide pourrait augmenter au cours des prochains mois. Sans une aide alimentaire d’urgence nous craignons le pire ».

Plus de fonds

Plus de 233 millions de dollars sont nécessaires pour aider le gouvernement à faire face aux pénuries alimentaires jusqu’à la fin de l’année et plus de 11,7 millions de dollars sont requis pour l’aide d’urgence sanitaire et nutritionnelle et l’approvisionnement en eau, ainsi que pour garder les écoles ouvertes. Les responsables des deux agences humanitaires ont demandé au gouvernement, aux donateurs, aux acteurs du secteur privé et public de combler le déficit et de travailler ensemble pour apporter une réponse rapide et efficace, en particulier si les pluies d’avril venaient à manquer.

« Nous devons nous préparer à l’intensification de la sécheresse, a déclaré Mme Veneman, la responsable de l’UNICEF. Les enfants sont particulièrement vulnérables à la malnutrition et à la maladie – et la pression sur les services sanitaires, nutritionnels et d’approvisionnement en eau déjà en sous-capacité, va s’alourdir» .

Face à la crise

Les responsables des deux agences ont remercié les efforts du gouvernement kenyan qui a fait don au PAM de stocks de nourriture d’une valeur de plus de 13,7 millions de dollar, ainsi que de près de 7 millions pour l’approvisionnement d’urgence en eau potable, 1,7 million pour le soutien à l’éducation et 380 000 dollars pour la santé et la nutrition.

La contribution de donateurs internationaux, parmi eux l’Australie, l’Autriche, la Belgique, le Service d’aide humanitaire de la Commission Européenne, la Finlande, l’Irlande, Israël, l’Italie, le Luxembourg, la Nouvelle Zélande, l’Espagne, la Suède, la Turquie, le Département britannique pour le développement international et les Etats-Unis, aux opérations du PAM et de l’UNICEF, s’élève à plus de 34,9 millions de dollars.

Agir ensemble

Au cours de leur entretien avec le président, les responsables des deux agences aborderont le soutien que leurs agences apportent au gouvernement kenyan pour faire face à cette crise humanitaire de grande ampleur, causée par la sécheresse.

Les deux agences assistent le gouvernement dans l’instauration de mesures d’urgence, le PAM s’occupant de l’opération massive de distribution d’aide alimentaire d’urgence tandis que l’UNICEF se consacre à la santé, à la nutrition, à l’approvisionnement en eau et à l’éducation.

Le PAM gère également les évaluations sur la sécurité alimentaire, l’approvisionnement et la distribution de l’aide alimentaire aux millions de personnes dans le besoin.

L’UNICEF prend en charge les enquêtes nutritionnelles, l’alimentation complémentaire et les traitements pour les enfants mal nourris, les soins d’urgence, tels que l’immunisation et l’apport complémentaire en vitamine A, et aide à faire fonctionner les pompes à eau en fournissant des pièces de rechange.

Garder les écoles ouvertes

Le repas scolaire est souvent le seul repas complet dont ils bénéficieront dans la journéeJames Morris
Garder les écoles ouvertes pendant la crise est un objectif clé pour les deux agences. Si quelques écoles ont fermé ou ont vu leur nombre d’élèves diminuer en raison du manque d’eau, d’autres ont enregistré un nombre record d’inscriptions grâce au programme d’alimentation scolaire mené conjointement par le PAM et le gouvernement kenyan. Travaillant en collaboration avec le Ministère de l’éducation, le PAM distribue de la nourriture à 1,1 million d’enfants pauvres et affamés dans 3 800 écoles de 29 districts des régions arides et semi-arides et à environ 70 000 enfants de 6 bidons villes de Nairobi.

L’UNICEF apporte son soutien à la réalisation d’installations sanitaires et d’approvisionnement en eau potable sécurisées, et aide à améliorer la qualité de l’éducation, à travers des programmes créatifs et à bas coût pour la formation d’enseignants et l’aménagement de salles de classe adaptées aux enfants. « De plus en plus d’enfants viennent à l’école pendant une crise telle que celle que connaît le Kenya pour y être nourris. Le repas scolaire est souvent le seul repas complet dont ils bénéficieront dans la journée » a déclaré M. Morris.

L’UNICEF aide à faire fonctionner l’approvisionnement en eau des écoles, à former les enseignants pour qu’ils puissent apporter un soin psychologique aux enfants traumatisés par la sécheresse et à promouvoir des solutions d’hébergement peu coûteuses pour que les enfants puissent rester à l’école si leurs parents doivent migrer avec leurs troupeaux.

«Les zones touchées par la sécheresse au Kenya connaissent traditionnellement les taux d’inscription à l’école les plus bas, en particulier pour les filles » a déclaré Veneman. « Nous devons poursuivre les progrès réalisés pour se rapprocher des objectifs du Millénaire en matière d’éducation ».

Les objectifs du Millénaire

Au cours de la rencontre avec le président Kibaki, les directeurs exécutifs de l’UNICEF et du PAM discuteront aussi de la coopération entre les deux agences pour atteindre les objectifs du Millénaire. « La coopération en place entre les deux agences, travaillant en collaboration avec le Ministère de l’éducation kenyan pour accroître l’accès des enfants à l’école, améliorer les résultats scolaires et impliquer les familles dans le soutien direct aux écoles, est un exemple à suivre», a déclaré M. Morris.

L’accès à la nourriture, à l’eau, à des sanitaires et à un enseignement de qualité permet d’attirer et de retenir les enfants à l’école. L’alimentation scolaire réduit la pauvreté en réduisant la pression sur les familles pauvres pour trouver de la nourritureJames Morris
« L’accès à la nourriture, à l’eau, à des sanitaires et à un enseignement de qualité permet d’attirer et de retenir les enfants à l’école. L’alimentation scolaire réduit la pauvreté en réduisant la pression sur les familles pauvres pour trouver de la nourriture » a déclaré M. Morris. « Et quand les enfants ne souffrent pas de la faim et sont activement occupés à apprendre, leurs résultats s’améliorent, a rajouté Mme Veneman. Particulièrement, garder les filles à l’école, améliore l’économie domestique, la santé de la famille, et réduit l’exploitation des filles et des femmes ».

Les responsables des deux agences passeront une demi-heure auprès du président Kibaki. Ann Veneman, qui est déjà venue au Kenya en juin 2005, partira aujourd’hui, tandis que James Morris restera jusqu’au dimanche 5 mars, de façon à constater de lui-même les effets de la sécheresse et suivre les opérations d’urgence du PAM, ainsi que quelques-unes des autres activités de l’agence. Il tiendra une conférence de presse le dimanche 5 mars.