Zaatari et Dadaab: quelles similitudes et quelles différences? Une employée du PAM explique

Publié le 11 juin 2013

Dorte Jessen, Chargée des programmes au PAM, est responsable de fournir une assistance alimentaire aux réfugiés syriens en Jordanie. Dorte a également travaillé dans le camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya, qui est le plus grand camp de réfugiés au monde.

Copyright: WFP/Rein Skullerud

Dorte Jessen coordonne le programme d’assistance alimentaire du PAM pour les réfugiés syriens en Jordanie. Elle passe une grande partie de son temps dans le camp de Zaatari, qui a pris la taille d’une grande ville au cours de l’année écoulée. En 2011, Dorte a travaillé dans le plus grand camp de réfugiés au monde à Dadaab au Kenya. Nous lui avons demandé de comparer les deux camps et nous dire comment les choses ont changé à Zaatari depuis son ouverture.
ZAATARI (Jordanie) – Dorte Jessen, employée expérimentée du PAM, originaire du Danemark, est responsable de l’organisation de l’assistance alimentaire que le PAM distribue auprès des réfugiés syriens en Jordanie. Beaucoup d’entre eux vivent dans le camp de Zaatari, dans le nord de la Jordanie. Dorte était là lorsque le camp a été construit en juillet dernier et l’a vu se développer rapidement pour devenir une communauté de la taille d’une grande ville.
Ce n’est pas la première fois que Dorte est impliquée dans l’organisation et l’acheminement de l’assistance alimentaire auprès des réfugiés. Durant la crise de la Corne de l’Afrique en 2011, elle a également travaillé dans le camp de Dadaab au Kenya, le plus grand camp de réfugiés au monde. Dans cet entretien, elle se penche sur les différences et les similitudes entre ces deux camps et revient sur les 11 premiers mois de Zaatari.
 
Vue aérienne du camp de Zaatari

Une photo aérienne de Zaatari donne une idée de sa taille immense. Le camp, qui a ouvert il y a moins d'un an, est aujourd'hui la cinquième plus grande «ville» en Jordanie.

Voyez-vous des similitudes entre Zaatari et Dadaab, le grand camp de réfugiés au Kenya?
Le centre de distribution alimentaire du PAM à Zaatari est en fait calqué sur celui de Dadaab (le plus grand et le plus ancien camp de réfugiés au monde, qui a ouvert au début des années 1990, NDLR). Tout comme Dadaab, Zaatari est construit dans un environnement désertique très hostile, qui n’avait aucune infrastructure au départ. Dans les deux camps, une sorte de société urbaine a émergé.
Même à Zaatari, un camp récent, il y a une place piétonne principale, pleine de commerçants syriens. Ils ont mis en place des points de restauration pour offrir un large choix de légumes frais, fruits, pain et plats cuisinés. Zaatari serait la cinquième plus grande ville de Jordanie alors que Dadaab est officieusement la troisième plus grande ville du Kenya.
 
Et les différences?
Naturellement à Dadaab, qui existe depuis 30 ans, tout est plus stable. Mais c’est intéressant de voir à quelle vitesse les choses ont évolué à Zaatari. Il s’améliore en termes d’infrastructures, de routes, d’écoles, de la taille du marché, de cuisines et d’approvisionnements en eau. La nouvelle priorité, plutôt complexe, est la gouvernance – l’installation d’une administration civile. Les structures sont encore en développement à Zaatari. Une autre priorité pour Zaatari est d’installer tout le monde dans des caravanes.
 
Racontez-nous votre expérience de travailler à Zaatari lorsqu’il était en construction.
Au début, les activités dans le camp de Zaatari et nos opérations ont porté sur des choses très concrètes, élémentaires. Nous étions en coordination avec le HCR pour la construction de cuisines et de notre centre de distribution alimentaire. Au début, il n’y avait rien, sauf un désert avec une poussière lunaire et des arbustes. Nous avons dû niveler la zone, la compacter et finir avec du gravier. C’est alors seulement que nous avons pu installer les Wikihalls, les containers que nous utilisons comme bureaux, des lampes de sécurité et toutes les autres objets de base dont vous avez besoin. 
 
Et maintenant?
Notre système de distribution alimentaire fonctionne aujourd’hui à pleine capacité. Il y a 120 000 réfugiés qui reçoivent leurs rations alimentaires toutes les deux semaines. Bien sûr, l’équipe du PAM est sensiblement plus grande aujourd’hui et nous avons un bureau pleinement opérationnel dans le camp. Une ville née de rien, et maintenant il y a des rues bordées de lumières. Il y a deux écoles, et d’autres sont prévues.
 
Qu’est-ce que cela signifie pour votre travail?
Cela signifie que je dois à présent me concentrer sur la planification à long terme et la mise en œuvre de nouvelles activités. Pour le moment nous travaillons avec d’autres agences humanitaires sur l’ouverture d’un autre grand camp, Azraq. Nous lançons également un programme de nutrition. Ces deux projets nécessitent de trouver de nouveaux partenaires avec qui travailler. C’est mon unité qui gère la sélection des partenaires.
 
Qu’est-ce qui est le plus frappant à Zaatari?
Il s’agit d’une population sophistiquée. Ce sont des gens qui bénéficiaient d’un niveau de vie relativement haut avant de fuir la Syrie. Beaucoup vivaient dans les zones semi-urbaines et donc, la référence est différente. Ils ont l’habitude de l’eau courante, des cuisines qui fonctionnent et faire leurs courses dans des supermarchés. En termes de contexte, ils ont des attentes élevées – tout comme vous et moi si nous étions obligés de nous installer dans un pays voisin. Cela vous pousse tous les jours à fournir de meilleurs services et d’envisager de nouvelles solutions pour améliorer la façon dont nous fournissons une assistance humanitaire. C’est extrêmement stimulant, en fait !