Echapper au «Triangle de la mort» en RDC

Publié le 06 juin 2013

Margueritte Simba lors d'une distribution alimentaire du PAM.

Copyright: WFP/David Orr

Le Katanga, province du sud-est de la République démocratique du Congo (RDC) est le théâtre d’une crise oubliée. En plus des problèmes d’insécurité alimentaire chroniques, la province est en proie depuis novembre 2011 à un conflit armé entrainant d’importants mouvements de population. Le PAM est mobilisé pour porter assistance à ces personnes déplacées, malgré des défis énormes, dont l’insécurité, le manque de route et de fonds.
Parmi les centaines de déplacés qui attendent dans la cours de l’école “Santé” dans la banlieue de Pweto, Margueritte Simba  attend, son bébé sur le dos de recevoir une ration alimentaire du PAM : de la farine, des haricots de l’huile et du sel pour un mois. Une fois servie, Margueritte s’assoie à l’ombre d’un arbre et commence à raconter son histoire.
“Nous étions dans notre village, Kasama, un soir, il y a maintenant quelques mois, quand les Mayi Mayi sont arrivés et ont commencé à brûler nos maisons. Je suis partie me cacher dans la brousse, emportant mes enfants et rien d’autre », se souvient-elle.
Aujourd’hui, Margueritte et ses sept enfants vivent dans une hutte de fortune dans un petit village non loin de Pweto. Son histoire ressemble à celle de dizaines de milliers de déplacés qui ont fui les violences et se sont regroupés dans cette zone proche de la frontière zambienne.  Tous proviennent d’une région comprise entre trois villes, Manono, Mitwaba, et Pweto qui forment ce que la presse a appelé le « triangle de la mort ». 
Des civils pris en étau
En avril, un rapport du bureau des Nations unies pour la coordination de l’aide humanitaire (OCHA), portant ce titre, dénonçait  «des attaques armées indiscriminées contre des civils, des viols, des pillages et des incendies d’habitation». Les civils, pour la plupart des paysans pauvres, sont pris  en étau entre les rebelles Mayi Mayi et les troupes gouvernementales, dont certains éléments sont eux-mêmes accusés de violation des droits de l’homme.
Les agences humanitaires sont confrontées à d’énormes difficultés liées à l’insécurité généralisée, et au très mauvais état des routes. Malgré ces obstacles, et notamment le manque de fonds, le PAM a pu apporter, entre avril 2012 et avril 2013, une assistance à quelque 250 000 personnes qui ont fui le «Triangle de la mort» qui ont reçu des rations d’un mois. 
“Ils nous ont tout pris”
Mwashi est à 10 km du site de distribution, au bout d’une piste chaotique. Des dizaines de huttes en branchages ont été construites récemment. C’est là qu’habite Besa Mukalay et ses quatre enfants. 
«Nous avons fui quand notre village a été incendié pat les Mayi Mayi en décembre», raconte-elle. «Nous sommes allés nous réfugier dans un autre village, appelé Mushima mais il a été attaqué et brûlé aussi. Les Mayi Mayi nous ont tout pris, même nos vélos. Alors nous sommes partis, les mains vides, jusqu’ici ».”
Pendant qu’elle prépare le foufou, un plat traditionnel qu’elle confectionne avec la farine distribuée par le PAM, Besa explique que toute la famille dort sur le sol en terre battu, recouvert uniquement d’une moustiquaire.  Pour elle le pire est de ne pas savoir quand elle pourra enfin rentrer chez elle, mais elle espère que ce sera possible dans peu de temps. Quelques signes incitent à l’optimisme. En effet, plusieurs déplacés ont commencé à regagner leur village au mois d’avril, notamment dans la zone proche du Lac Mweru. Bientôt ce sera peut-être le cas de Besa et sa famille.
 

A propos de l'auteur

David Orr

Porte-parole du PAM pour l'Afrique de l'Est et l'Afrique Centrale