Témoignage: «Comment j’ai échappé à la pauvreté et la faim»

Publié le 23 août 2013

Peter Mumo (à gauche un jeune garçon ayant grandi dans l’est du Kenya, une région sujette à la sécheresse et (à droite) à sa sortie de l'université avec un diplôme d'ingénieur. Peter confie que les repas scolaires fournis par le PAM étaient essentiels à son succès.

Photo de Peter Mumo

Malgré une enfance miséreuse dans une région sujette à la sécheresse de l'est du Kenya, Peter Mumo, 25 ans, a réussi à obtenir une éducation, aller à l'université et décrocher un emploi avec de bonnes perspectives. Il croit que les repas qu'il a reçu du PAM dans les années 1990 ont joué un rôle essentiel dans sa réussite scolaire.

1. Quel était votre degré de pauvreté quand vous étiez enfant ?

Très pauvre. Nous étions une famille de huit, avec un revenu insuffisant pour satisfaire nos besoins de base. Mon père était un instituteur à l’école primaire. C’est l’un des métiers les moins bien payés au Kenya. Pour couronner le tout, il dépensait la moitié de son salaire au magasin de liqueur du village en buvant un breuvage local. Nous n’avions ni assez de nourriture, ni assez d’eau. Nous n’avions pas d’électricité, pas de maison décente, pas d’habit, rien du tout – nous luttions pour survivre.

 

2. Qu’est-ce que vous mangiez ?

Nous survivions avec un seul repas par jour qui consistait dans une mixture bouillie de maïs et de haricots. Les haricots étaient rares et chers c’est pourquoi le nombre de haricots dans la mixture était extrêmement faible. La plupart des haricots disponibles étaient réservés à mes frères cadets. Ma famille souffrait de malnutrition et nous étions tous émaciés.

 

«J’ai dû emprunter mes chaussures»

Quand Peter avait 13 ans, lui et quelques autres des meilleurs étudiants de son école ont été récompensés par un voyage à Mombasa. Il a dû emprunter un uniforme scolaire et des chaussures à ses camarades de classe. Cette photo a été prise au cours de ce voyage. Il est debout sur la gauche. Lisez l'histoire de Peter, avec ses propres mots.

3. Quel était le pire moment de votre enfance ?

Notre maison avait des murs de boue et un toit de chaume, qui fuyait terriblement lorsqu’il pleuvait. La pluie ramenait les moustiques Anospheles qui transmettaient la malaria. J’étais le plus vulnérable aux infections de malaria dans ma famille. Une grande partie du revenu familial servait à régler les factures d’hôpital. Je me souviens, comme si c’était hier, de prier une fois le seigneur de prendre mon âme lorsque j’étais allongé sur le lit d’hôpital.

 

4. Quel souvenir as-tu de l’école ?

Nous partagions un livre entre 10 élèves, un pupitre entre trois ou quatre. D’autres s’asseyaient par terre. Nous avions un seul instituteur pour toutes les matières, et pour rendre les choses encore plus difficiles, nous étudions toute la journée l’estomac vide ! Pendant les pauses de la classe, nous courrions vers l’arbre de baobab le plus proche pour voir s’il n’y avait pas quelques fruits à cueillir. Nous en trouvions rarement puisque les arbres de baobab sont en saison qu’une seule fois par an.

 

5. A quel moment sont arrivés les repas scolaires ?

Lorsque j’avais 9 ans, le principal nous a informé que nous allions bénéficier d’un programme de repas scolaire mené par le PAM en collaboration avec le gouvernement. Tous les élèves avaient droit à une tasse de porridge au déjeuner. Ils recevaient également cinq biscuits à ramener à la maison le soir. C’était la meilleure chose qui aurait pu nous arriver à moi et à tous les élèves de mon école. Nos parents allaient s’inquiéter moins maintenant pour trouver notre prochain repas.

 

6. Comment les repas scolaires vous ont-ils aidé?
Ils m'ont donné de l'énergie, une raison de travailler dur et d’avoir la foi en l'avenir. Je suis sûr que le programme a également aidé à construire mon système immunitaire et réduire le nombre de jours où j'étais absent de l'école en cas de maladie. Les repas scolaires ont continué jusqu'à la 5ème. J'ai gardé la première place dans ma classe. Cela m'a permis d’être dans l'un des meilleurs lycées du Kenya. Puis, en 2007, je me suis inscrit à l'École d'ingénierie de l'Université Moi et j’ai obtenu un baccalauréat spécialisé en procédés chimiques et d'ingénierie en décembre 2012.


7. Comment vont-les choses pour vous à présent?Par rapport à là d'où je viens, c'est un monde différent. Tant de choses ont changé. Je travaille actuellement en tant que Responsable Développement Produit pour un développeur et distributeur de produits agrochimique et fertilisants de Nairobi. Je peux aujourd'hui me permettre un régime alimentaire équilibré et manger chaque fois que j'en ai envie. Je suis capable de donner en retour. Je suis capable de payer mes factures et répondre à tous mes besoins élémentaires. Plus de pauvreté, mon avenir semble très optimiste de nouvelles opportunités se présentent progressivement.


8. Pensez-vous pouvoir aider à combattre la malnutrition dans votre partie du monde?
Je l'espère. Au fil des ans, j'ai mené des recherches dans des projets d'agriculture et de d'environnement ainsi que des projets de transformation des aliments. Actuellement, j’investis une partie de mon argent dans l'agriculture à effet de serre et je voudrais obtenir un rendement d’un niveau qui pourrait soutenir une petite usine de transformation. Je profite de chaque occasion pour encourager les jeunes à s'adonner à l'agriculture moderne. Investir dans ce domaine signifie non seulement des emplois, mais aussi la sécurité alimentaire.