Tchad : Unis contre la faim

Publié le 21 octobre 2016

Crédit : PAM/Nathalie Magnien

Au Tchad les trois journées internationales qui viennent d’être célébrées, la Journée Internationale de la Fille, la Journée Internationale des Femmes Rurales et la Journée Mondiale de l’Alimentation, montrent à quel point il est urgent de faire des progrès pour atteindre l’objectif  Faim Zéro d’ici 2030.

Le Tchad, pays enclavé marqué par une pauvreté endémique, la faim et une malnutrition chronique a souffert des ravages de la guerre et de conflits pendant des décennies jusqu’en 2008. Voisin de pays marqués par l’insécurité le Tchad accueille l’une des plus larges populations de personnes déplacées sur le continent, refugiés, retournés, et communautés déplacées internes.

La découverte du pétrole a donné un espoir de développement et de croissance. Mais en 2015 et 2016 la situation s’est détériorée. Les effets combinés d’une chute globale des prix du pétrole, la violence dans le nord- est du Nigeria, la désertification, des saisons des pluies erratiques : tous ces éléments ont contribué à aggraver la situation alimentaire et nutritionnelle.

Le 12 octobre nous avons présenté les résultats de l’enquête sur le cout de la faim en Afrique au Tchad. Un travail mené en collaboration avec le gouvernement tchadien et l’Union Africaine. 43 pour cent de la mortalité infantile est associée à la sous-nutrition. Un enfant sur cinq est né avec une insuffisance pondérale. La faim et la malnutrition coutent au Tchad 9.5% de son Produit Intérieur Brut (PIB) en perte de productivité, en termes de couts pour les services de santé, l’éducation et les ménages. En 2012 cela représentait l’équivalent de 1,1 milliards de dollars, plus du double de l’aide reçue cette année-là. Sur l’index global de la Faim 2016 le Tchad est classe avant dernier sur 118 pays.

Quand je voyage à travers le Tchad je vois le cout humain derrière ces chiffres, l’impact de la faim et de la malnutrition, en particulier chez les enfants et les femmes. Et quand je dis voyager, je veux dire sur des pistes sablonneuses, à travers des wadis; dormant des guesthouses simples mais hospitalières ou sous des abris de fortune. La nuit la musique est le son du silence ou le bruit d’un générateur. Le bonheur c’est la fraicheur d’une douche à la fin d’un jour torride et poussiéreux. Mais cela, pour la majorité des Tchadiens, c’est un luxe, un rêve.

A travers la bande Sahélienne vous avez un aperçu de la vie dans le désert. Des mères attendent sous le soleil de plomb, leur bébé dans les bras, pour être soigné. Les pluies ont été rares en 2015. Pendant la période de soudure de juin à septembre la nourriture est extrêmement rare ; les animaux sont faméliques. Il est difficile pour les familles de vendre leur bétail. Les enfants risquent de ne pas aller à l‘école. L’eau est précieuse.

Cette année le thème pour la Journée Mondiale de l’Alimentation était « le climat change, l’alimentation et l’agriculture aussi ». Un thème approprié alors que les dunes de sable menacent les rivières ; les récoltes et la production pastorale sont menacées par la désertification et les pluies aléatoires.

Dans la région du Lac Tchad, les familles qui ont fui les attaques de Boko Haram trouvent refuge sur des sites spontanés. Plus de 130 000 personnes ont perdu leurs maisons et leur mode de vie. Les femmes me parlent de la vie simple qu’elles avaient sur leurs iles, elles n’étaient pas riches mais c’était leur paradis. Cette vie a été détruite quand elles ont fui avec leurs enfants avec seulement les vêtements qu’elles portaient. Elles expliquent la générosité et l’accueil des communautés hôtes, des communautés qui souffrent elles-mêmes en raison de la crise. L’assistance humanitaire a apporté un peu de soulagement mais cela n’est pas assez. Ces communautés ont besoin de notre aide pour reconstruire leurs vies, retrouver l’espoir et reconstruire un avenir pour leurs enfants.

A la frontière soudanaise, plus de 290 000 réfugiés Soudanais vivent dans des camps. Ces camps ont été « leur maison » depuis plus de 12 ans. Dans le sud du Tchad des dizaines de milliers de personnes qui ont échappé aux violences en République Centrafricaine vivent comme refugies ou retournes dans des camps ou des villages d’accueil.

Avec une aide internationale en baisse les rations alimentaires sont réduites d’année en année. Plus de 40 pour cent des enfants réfugiés souffrent d’un retard de croissance.

Femmes, hommes, enfants, refugiés : au Tchad la population a la force de faire face au soleil qui frappe sans répit dans un vaste environnement largement marque par le sous-développement. Parmi ceux que j’ai rencontrés nombreux sont ceux qui vivaient une vie simple avant qu’elle ne soit détruite par les conflits et la violence. Nombreux sont ceux qui sont en première ligne du changement climatique.

Désormais ils sont unis dans l’inacceptable cycle faim et malnutrition qui ne sont pas de leur fait. Ils ne doivent pas être oubliés.

 

Par: Mary Ellen McGroarty, Representante du PAM au Tchad.