Soudan du Sud : les familles ayant fui le conflit rentrent dans leurs maisons dévastées

Publié le 21 février 2014

John Mathiek Bawar montre son jeton d’enregistrement dans le queue pour recevoir l’aide alimentaire du PAM et de ses partenaires à Bentiu, Sud Soudan. WFP/George Fominyen

La crise au Soudan du Sud a forcé plus de 700 000 personnes à fuir leurs maisons à la recherche de sécurité. Le Programme Alimentaire Mondial a pour l’instant fourni une aide alimentaire à environ 250 000 personnes déplacées, et travaille pour étendre son aide aux personnes qu’il est en mesure d’atteindre hors des bases des Nations Unies, ainsi qu’aux personnes qui rentrent dans leurs villes dévastées, comme à Bentiu dans l’état d’Unité. 

BENTIU – Dans un stade de football de Bentiu, John Mathiek Bawar montre avec joie sa carte de rations alimentaires qui prouve qu’il est bien enregistré et peut recevoir de la nourriture du Programme Alimentaire Mondial et de ses partenaires.

M. Bawar fait partie de ces milliers de résidents qui rentrent petit à petit dans leur ville, capitale de l’état d’Unité, après que des combats les ont forcés à fuir vers la brousse, les marécages et les villages le long du Nil Blanc.

« J’ai caché ma famille pendant 18 jours dans la brousse » dit M. Bawar. « Nous survivions grâce aux plantes que nous ramassions dans la rivière et au peu de sorgho que nous avions apporté avec nous » raconte cet homme de 38 ans.

Bentiu a changé deux fois de mains depuis le début des combats entre deux factions de l’armée soudanaise mi-décembre 2013. Après que les forces soutenant le président Salva Kiir ont repris la ville mi-janvier, les autorités locales ont exhorté les civils ayant fui à rentrer chez eux.

Beaucoup de ceux qui ont répondu à l’appel sont revenus dans une ville dépeuplée et dévastée par les combats. Les villes sont désertes, mis à part les soldats qui patrouillent. Plusieurs maisons ont été détruites, pillées ou brulées. Les entreprises et les bureaux, y compris ceux du PAM et des autres agences d’aide, ont été mis à sac et pillés.

Quelques marchés ont réouverts, mais il n’y a que peu d’aliments, et la plupart des personnes ont perdu tous leurs moyens de subsistance.

« Tout ce qu’il y avait dans notre maison a disparu, même les matelas, donc ma femme, mes enfants et moi-même, ainsi que nos proches, dormons sur des tapis au sol » raconte Mawar, père de 6 enfants.

« Je suis trader et j’avais un peu d’argent à la banque, mais quand nous sommes rentrés la banque avait été détruite. Nous n’avons plus une pièce ou une livre sud-soudanaise. Je suis pauvre désormais. Nous n’avons plus de quoi nous nourrir. ». 

C’est avec beaucoup de soulagement qu’il a accueilli la nouvelle des chefs de communautés annonçant que le PAM et ses partenaires allaient fournir une aide alimentaire aux résidents revenu dans le Stade de l’indépendance ou dans l’école primaire de Bentiu.

Sites de distribution

Des camions chargés de sorgho, de pois cassés, d’huile végétale et de sel se sont dirigés vers les sites de distribution de la base de maintien de la paix des Nations Unies, où le PAM a stocké les stocks alimentaires récupérés dans les entrepôts pillés de l'agence à Bentiu.

« Nous sommes en train de distribuer de la nourriture aux personnes déplacées dans la base de maintien de la paix depuis la fin de l’année dernière, et il est important que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir afin de nous assurer que les personnes qui sont revenues dans la ville ne se couchent pas le ventre vide. » a déclaré Francis Sarpong, chef du bureau du PAM à Bentiu.

Le bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime qu’environ 720 000 personnes sont déplacées dans le Soudan du Sud à cause de la crise. La majorité, près de 90%, est abritée dans des endroits hors des bases de l’ONU.

La distribution aux résidents retournant à Bentiu fait partie des efforts menés par le PAM pour atteindre le plus possible de personnes avec l’aide alimentaire au moment où ils commencent à reconstruire leurs vies, défi très important pour le PAM. Les équipes ont été déployées dans les localités éloignées de Jonglei, des états d’Unité et du Nil supérieur, qui ont été les plus affectés par les conflits.

Un rapport des analystes pour la sécurité alimentaire du PAM indique que ces états étaient également les plus touchés par l’insécurité alimentaire avant le conflit. De plus, ce sont les zones avec le plus haut déficit de production de céréales du pays, et des zones où la population dépense la plus grande proportion de son salaire dans la nourriture.

« Je veux remercier des organisations comme le PAM qui sont venues à notre aide avec de la nourriture. Désormais, j’espère que mon gouvernement, qui nous a appelé à quitter la brousse où nous nous cachions pour revenir en ville, nous viendra en aide, à ma famille et moi, parce que nous n’avons plus rien » a déclaré Bawar.