Soudan du Sud : les distributions alimentaires du PAM continuent malgré les défis

Publié le 06 février 2014

Une femme retourne au refuge où se trouve sa famille à Malakal en portant leur ration alimentaire. WFP/Challis McDonough

Depuis la mi-décembre, des centaines de milliers de sud soudanais se retrouvent déplacés par le conflit. Alors que chaque groupe accuse l’autre de violer l’accord de trêve aux hostilités et que les négociations politiques perdurent, la plupart des personnes déplacées sont encore trop effrayées pour rentrer chez elles. Pendant ce temps, de nombreux entrepôts et bureaux du PAM ont été pillés et endommagés, entrainant la perte de milliers de tonnes de nourriture. Malgré cela, le PAM assiste chaque jour un nombre croissant de personnes.

MALAKAL – Mère de cinq enfants, Nawal Malakal, porte le même nom que sa ville natale, mais celle-ci ne ressemble plus à l’endroit qu’elle a connu jadis.

Les routes sont vides. Des quartiers entiers ont été brulés. Des malfaiteurs sont rentrés par effraction dans des maisons se trouvant dans d’autres quartiers de la ville et ont tout pillé. Ils ont quasiment détruit tous les marchés de la ville, saccagé les magasins et mis le feu à  plusieurs boutiques.

La plupart des gens qui reste à Malakal se réfugie dans des endroits où ils se sentent en sécurité – les hôpitaux, quelques églises et la base de la mission de maintien de la paix de la MINUS au Soudan, où séjournent Nawal et ses enfants. Ils se demandent ce qu’est advenu au reste de leur famille.

« Je ne sais pas où se trouvent ma mère et mon frère, » affirme-t-elle. « J’ai cinq enfants ici. Leur père est probablement mort. »

Nawal parle pendant qu’elle et trois de ses voisins sont occupés à ouvrir un sac de sorgho portant le logo rouge, blanc et bleu de l’USAID, et se préparent à le partager équitablement entre eux. Dans ce centre de distribution du PAM en partenariat avec Vision Mondiale, les femmes ont également reçu des pois cassés jaunes et de l’huile végétale. Pendant qu’ils mesurent le sorgho et le transvase dans des sacs plus petits, Nawal et ses voisins affirment que ce n’est pas encore le moment de rentrer chez eux.

« Même si nous souhaiterions rentrer chez nous, notre maison a brulé, » dit Nyandeng Chuol. « Ma sœur a été tuée. Je me retrouve à prendre soin de sa fille et de son fils. »

Même si elle est en sécurité pour l’instant, elle s’inquiète que les refuges se trouvent dans une zone de basse terre qui deviendra probablement une mer de boue d’ici quelques mois – et elle espère une autre solution.

« Laissons agir l’ONU, avant que les pluies ne commencent. »

Il est estimé que quelques 27 000 personnes ont cherché refuge auprès de la base de maintien de la paix de la MINUS à Malakal depuis le début des combats en mi-décembre. Ceinturés par des rouleaux laminés de fil barbelés et surveillés par les Casques bleus, des rangées de refuges improvisés s’étirent le long d’un côté de la base.

Dans une zone distincte mais près des refuges, les sacs de sorgho et de pois cassés sont empilés juste derrière un camion du PAM, qui les a ramenés ici directement depuis l’aéroport. Le PAM a dû acheminer par pont aérien cette nourriture à Malakal pour fournir de l’aide alimentaire aux personnes sur la base de la MINUS. En effet, toutes les réserves de nourriture que le PAM avait placé dans ses deux entrepôts dans la ville ont été pillées.

‘Un entrepôt abandonné’

La preuve du pillage est clairement visible à travers la ville. En face de l’entrepôt principal du PAM, des centaines de bidons d’huile vides sont éparpillés par terre, reluisants au soleil. Le sorgho et les légumineuses ont disparu. Un petit nombre de conteneurs métalliques faisant office de bureaux ont été volés de leurs meubles et équipements, laissant les rapports d’une année et autres fichiers entassés par terre. Même les côtés des salles de l’entrepôt en canvas ont été déchirés dans ce qui semble avoir été une frénésie de pillage massif.

« C’est comme un entrepôt abandonné, » a dit le Directeur régional du PAM Valérie Guarnieri, apparaissant consternée après avoir pris connaissance en personne des dégâts causés la semaine dernière.

Le bureau du PAM, qui est dans un autre quartier, a aussi été saccagé. Le coffre-fort a été trainé dans le couloir, tiré dessus avec un fusil et ouvert de force – bien qu’après un tel effort, les voleurs ont dû être déçus de ne pas avoir trouvé d’espèces dans le coffre-fort.

Quelques 1 700 tonnes de nourriture – assez pour nourrir 102 000 personnes pendant un mois – ont été volées des deux entrepôts du PAM situés à Malakal lors d’incidents de pillage répétés au fil du conflit.

‘Il faut aller de l’avant’

Des entrepôts et des bureaux du PAM ont également été vidés dans les villes de Bor et Bentiu.

« Nous avons perdu trois bureaux principaux, chacun la taille d’un petit bureau de pays, » a affirmé Tommy Thompson, Directeur des urgences du PAM à Juba. Il a remarqué que la perte des stocks de nourriture, de bureaux, d’ordinateurs et autres biens ont sérieusement ralenti la réponse du PAM. Le PAM a dû faire appel à des mesures de sécurité supplémentaires afin de protéger  les stocks de nourritures qui restaient.

Mais l’agence continue de gérer les distributions alimentaires, et le personnel travaille des heures supplémentaires afin de fournir de l’assistance alimentaire aux zones du pays touchées par le conflit qui ont été jusqu’à présent difficiles d’accès.

« Oui, c’est déprimant, mais il faut aller de l’avant, » a dit le chef de la logistique Peter Schaller. « Dans trois mois, cela sera différent. »

Chaque jour : savoir fournir de l’assistance à davantage de personnes

Malgré les défis, l’équipe du PAM a fourni de l’assistance alimentaire à près de 220 000 personnes dès la première semaine de février, et atteint plus de personnes chaque jour – incluant ceux qui s’abritent dans les bases de la MINUS, et les personnes qui ont fui vers des zones plus lointaines et difficiles d’accès.

Le 31 janvier, le premier hélicoptère chargé de biscuits à haute teneur énergétique du PAM a atterri dans la ville de Wau Shilluk, qui se trouve de l’autre côté de la rivière dans une zone vierge de conflits, où des dizaines de milliers de résidents de Malakal ont fui à la recherche de sécurité.

Le PAM aurait normalement été capable de fournir de l’aide alimentaire aux déplacés de Wau Shilluk avec la nourriture placée dans les entrepôts de Malakal, mais étant donné que cette nourriture a été pillée, l’équipe du PAM travaille maintenant à ramener plus de nourriture depuis Juba. Le transport depuis la capitale reste difficile à cause de l’insécurité, c’est pourquoi pour le moment les biscuits ont été distribués en tant que nourriture prête à la consommation, en particulier pour les femmes et les enfants les plus démunis.

Le PAM et ses partenaires ont jusqu’à présent distribués des rations alimentaires aux déplacés dans plus d’une douzaine de locations autour du pays. Le PAM met à jour son plan de réponse d’urgence, dans le but de fournir de l’assistance alimentaire à quelques 1,3 millions de personnes dans les cinq prochains mois. Cela montre à quel point le conflit a touché la sécurité alimentaire globale du pays, en particulier dans les états de Jonglei, d’Unité et du Haut-Nil.