RDC: Richard, soldat de onze ans, réapprend à vivre libre

Publié le 07 décembre 2012

Devant le centre de transit tenu par le Bureau pour Volontariat au service de l'enfance et la santé et soutenu par le PAM.

Copyright: WFP/Martin Penner

Ce fut sans aucun doute la rencontre la plus bouleversante de mon récent séjour en République démocratique du Congo. Une rencontre avec un garçon de 11 ans à Bukavu, capitale du Sud Kivu, hébergé dans un centre de transit pour enfants soldats sortis des groupes armés. Ici, il réapprend à vivre, une vie «normale». Pendant cette période de transition, il mange enfin à sa faim, grâce notamment à la nourriture fournie par le PAM.
A bien des égards, Richard, (nous l’appellerons ainsi pour préserver son identité réelle), me rappelle mon fils, qui a le même âge. Il sourit en permanence et est incapable de tenir en place bien longtemps ; il aime jouer avec ses camarades, à des jeux de garçons turbulents parfois un peu violents.  
Avant de devenir un «soldat», Richard se levait tôt tous les matins et, encore un peu endormi, saluait ses parents de la main, avant de disparaitre sur la route de l’école. Exactement comme mon fils. Le soir, comme lui, il revenait avec ses copains, enthousiaste pour tout, sauf pour faire ses devoirs. Le soir du 6 juillet dernier, Richard n’est pas rentré. Le jeune garçon a été enlevé sur le chemin du retour, et a passé quatre mois dans la forêt avec des miliciens qui l’ont employé comme esclave et lui ont appris à tenir une Kalachnikov. 
"Vous êtes des soldats"
Aidé par un interprète, Richard a accepté de me raconter son histoire. Il était gai ce soir-là, comme ses amis, se réjouissant de la fin de la période d’examens et des vacances qui approchaient. «Au détour d’un virage, nous avons aperçu un groupe de soldats avec des tas de bagages», raconte Richard. «On ne vous laissera pas passer si vous ne nous aidez pas à porter nos bagages», leur ont dit les soldats, menaçants. 
Les enfants, bien sûr, ont protesté. Mais la peur a pris le dessus: ces hommes étaient armés et n’avaient pas l’air de s’amuser. Les jeunes gens ont donc accepté de porter leurs fardeaux et les ont suivis dans la forêt. Après quelques heures de marche, ils sont arrivés sur l’une des bases des rebelles.
Richard et ses amis ont déposé les colis et ont demandé à rentrer chez eux. «Non, vous ne renterez pas, maintenant vous êtes des soldats. Vous resterez avec nous et vous nous aiderez. Il y a d’autres enfants ici, tout se passera bien», leur a répondu l’un des hommes 
Un des gamins a essayé de s’enfuir, en vain. De toute façon, il n’aurait jamais pu retrouver seul le chemin du village la nuit à travers la forêt.
Le lendemain, des parents sont parvenus à arriver jusqu’au camp. Ils ont demandé leur libération. «Il y a d’autres enfants, ici, ils ne seront pas seuls», a répondu le commandant du camp, tirant quelques coups de feu en l’air pour effrayer les parents qui n’eurent d’autres choix que de repartir. 
Les jours et les semaines suivantes, les neuf enfants enlevés ont dû s’adapter à leur difficile vie dans la forêt. La plupart du temps, ils étaient occupés à aller chercher du bois, préparer le feu et faire la cuisine, servant de domestique aux plus gradés.
Garde du Corps d'un "Colonel" à 11 ans 
«On nous a appris à tenir un fusil, comment le charger et comment tirer», m’a expliqué Richard. Les miliciens leur ont donné un semblant d’uniforme.
Richard s’est rapidement retrouvé promu “garde du corps” du chef du groupe, qui s’était attribué le grade de «Colonel». Il portait donc l’arme du «Colonel» et restait auprès de lui en permanence. 
Richard affirme qu’il a pris part à des combats contre d’autres groupes rebelles. Honnêtement, je ne suis pas sûr que ce soit vrai. Peut-être me racontait-il seulement ce qu’il croyait que je voulais entendre. Il me dit même qu’il avait tué un homme pendant une de ces confrontations. Il n’est pas rentré dans les détails.
Les animateurs du centre pour ex-enfants soldats de Bukavu m’ont expliqué qu’en général les enfants qui avaient réellement tué n’en parlaient pas aussi facilement.
Enumérant ce qui l’avait le plus marqué pendant cette période, Richard a d’abord mentionné le fait qu’il ne pouvait pas se laver, probablement parce que le peu d’eau disponible était utilisé pour boire ou faire la cuisine. La nourriture était rare, et la pitance consistait en des tubercules sauvages qui poussent dans la forêt. La nuit, impossible de dormir, les enfants avaient froid dans les collines infestées de moustiques. 
Après près de 4 mois, Richard est enfin parvenu à s’échapper. Avec quelques-uns de ces camarades, il a marché pendant dix heures afin d’atteindre un village où une ONG les a pris en charge jusqu’à ce qu’ils soient accueillis au centre spécialisé de Bukavu.
Désormais, Richard est en transit dans ce centre, tenu par le Bureau pour Volontariat au Service de l’Enfance et la Santé, une ONG congolaise, où il se réadapte à une vie normale, avec 25 autres garçons, qui ont partagé le même genre d’expérience. Sa famille a été contactée et il espère pouvoir les retrouver très bientôt.