RDC: Quatre femmes séropositives unies pour briser les tabous

Publié le 15 mai 2013

Phoebe, Hélène, Claudine et Marie-Jeanne militent pour encourager les personnes à se faire dépister et briser les tabous associés avec le Sida.

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L’univers de Phoebe a basculé en 2009 quand elle a appris qu’elle était séropositive. Abandonnée par sa famille, Phoebe a retrouvé de l’espoir grâce au soutien de l’ONG Dream, du PAM et trois autres femmes séropositives- Hélène, Claudine et Marie-Jeanne. Aujourd’hui, ce groupe de quatre femmes œuvrent pour passer le message suivant : «Être séropositif, ce n’est pas la fin.»
par Fabienne Pompey
MBANDAKA, RDC - Il émane de ces femmes force, énergie et une joie communicatives. Pourtant ces quatre mamans, qui vivent à Mbandaka dans la province congolaise de l’Equateur, sont toutes séropositives et ont traversé des moments bien tragiques. 
Grâce aux antirétroviraux qu’elles reçoivent de l’ONG Dream , et aux vivres que le PAM fournit à ce centre pour les malades malnutris et les femmes enceintes, elles ont non seulement retrouvé la santé mais militent publiquement pour encourager la population à se faire dépister.
Agir au lieu de subir 
L’univers de Phoebe a basculé en 2009 quand, après avoir souffert d’une méningite et d’une paralysie partielle, elle a appris qu’elle était séropositive. Elle avait 24 ans et habitait Gemena, au nord de Mbandaka. Du jour au lendemain, sa famille l’a jetée dehors. «Ils ont même brûlé mes affaires, jusqu’aux chaussures», se souvient-elle. Dans la foulée, elle a perdu son travail. «Si j’étais restée là-bas, j’allais mourir de désespoir avant même que le Sida me tue». 
Maman Hélène a eu plus chance, son mari l’a soutenue. Son avant dernier enfant, Moise, 4 ans, est séropositif et reçoit un traitement. «Le soja que le PAM donne pour les enfants lui a permis de retrouver la santé», explique-t-elle.
La fille de Maman Claudine, Priscillia,  écolière de 7 ans, est aussi séropositive. «Parfois des enfants l’insultent. Pour une mère, c’est terrible de savoir son enfant victime d’ostracisme». 
Avec Marie Jeanne, qui n’a pas d’enfant et a perdu son mari, Phoebe, Hélène et Claudine ont décidé de ne plus subir et d’agir. A visage découvert. «Nous sommes en forme, nous n’avons pas peur du regard des autres. Les antirétroviraux et une nourriture équilibrée ont changé nos vies. Être séropositif, ce n’est pas la fin, au contraire. C’est le message que l’on fait passer dans les familles pour que les gens aillent se faire dépister», explique Maman Claudine.   
Redonner l’espoir
Dans les cuisines du centre Dream, une ONG créée par la communauté chrétienne Sant’Egidio, sont préparés les vivres que le PAM fournit depuis 2004, du soja, du sucre, de l’huile et du sel. Sœur Federica qui dirige le centre où plus de  660 personnes sont traitées, se débrouille pour améliorer encore les repas pour les plus faibles avec des œufs, du manioc, des arachides er des chenilles, un met traditionnel très riche en protéine.
«Bien se nourrir, c’est très important lorsque l’on commence un traitement et que l’on est très faible. Sans une nourriture saine et équilibrée, les médicaments ne servent à rien», explique Maman Claudine.
Avec Papa Jean Marie, réceptionniste du centre, les quatre activistes sont à l’écoute des personnes qui fréquentent le centre, et se rendent au chevet des malades chez eux ou à l’hôpital. «Le Sida est une maladie chronique comme les autres, c’est difficile au début de l’annoncer, de l’accepter. Notre but est de redonner l’espoir à ceux qui sont faibles et leur montrer comment vivre une vie positive».
 En RDC, le PAM assiste près de 52.000 personnes, dont deux tiers de femmes, qui suivent des traitements contre le VIH-SIDA ou la tuberculose et dont l’état nécessite une assistance alimentaire.