RDC: Dans les forêts de l’Equateur, naissance d’une nouvelle paysannerie grâce au P4P

Publié le 05 septembre 2013

Au cours de cette dernière année, les paysans engagés dans le P4P à Bikoro ont produit 758 tonnes de maïs, 184 tonnes de riz et 144 tonnes d’arachides. 
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Un an après son démarrage à Bikoro, dans l’Equateur, le programme «Achat pour le Progrès» du PAM apporte déjà un changement pour des milliers de petits producteurs et leurs familles.

par Fabienne Pompey

EQUATEUR, RDC- Maman Mbango Amba porte sur son dos son dernier né,  joufflu et réjouis. Elle a quatre enfants et aujourd’hui «tous sont bien nourris et les grands vont tous à l’école». Avec fierté, Maman Mbango montre la farine qu’elle va préparer ce soir pour le repas de la famille. Une farine qui provient de sa propre production de maïs et qu’elle a pu transformer grâce au moulin communautaire, installé par le programme «Achat pour le progrès» du PAM, connu sous son acronyme anglais ‘P4P’ (Purchase for progress).
Le projet P4P a débuté en Equateur, sur le territoire de Bikoro, il y a tout juste un an grâce à un financement conjoint de la France et de la Belgique, après un premier projet, au Katanga, toujours en cours et financé exclusivement par la Belgique. Après quelques lenteurs au démarrage, dues notamment à l’identification de partenaires fiables et expérimentés, le P4P de Bikoro est maintenant en vitesse de croisière. Aujourd’hui 2 000 petits producteurs organisés en 88 organisations paysannes, regroupées dans six unions, participent à ce programme conjoint du PAM et de la FAO, qui bénéficient du soutien technique d’OXFAM et d’organisation néerlandaise de développement (SNV). 
Changement des mentalités
Le village de Maman Mbango est en bordure d’une longue piste de latérite qui traverse la forêt équatoriale. Une région toujours très pauvre malgré des atouts indéniables, notamment sa dense végétation et ses sols fertiles. Dans cette province de l’Ouest de la RDC, les paysans n’avaient jusque-là que très peu d’expériences de projets communautaires. Le P4P a apporté un changement  des  mentalités et des pratiques et contribue au développement de toute une zone, sinistrée par des années de troubles et handicapée par son enclavement.
 «Avant on cultivait, chacun pour soi, juste pour notre consommation familiale et ce n’était pas varié. On avait des champs de manioc et un peu d’arachide, maintenant on a du riz et du maïs», explique Maman Mbango. 
A Kalamba, devant le chargé de coopération de l’ambassade de France, M. André Abel Barry, venu sur le terrain pour constater l’avancée du programme, des femmes chantent et dansent, une bêche à la main avant de faire une démonstration de leur nouveau savoir-faire : la plantation en ligne des graines d’arachides.  
«Cette année nous avons reçu plusieurs formations, à la fois pour créer, organiser, animer et gérer les organisations paysannes, et pour améliorer les techniques culturales», explique Alexis Bolokoto, l’époux de maman Mbango et président de l’Union des producteurs de Kalamba. 
Pendant que la FAO distribuait des outils aratoires et des semences, le PAM réhabilitait ou construisait des entrepôts et des routes, répartissait entre les organisations paysannes 100 vélos et  100 chariots, OXFAM et SNV s’occupaient des formations et du rapprochement entre producteurs et commerçants de la zone. Ces derniers ont aussi été organisés et conseillés dans le cadre du projet.
Prix gagnant-gagnant
Pour la première année et malgré des débuts difficiles, les paysans engagés dans leP4P ont produit 758 tonnes de maïs, 184 tonnes de riz et 144 tonnes d’arachides. Grâce à la plate-forme  ADIPAC, qui regroupe producteurs et commerçants, le dialogue a pu s’amorcer afin que les échanges aboutissent à des prix «gagnant-gagnant».
 «Le P4P fonctionne parce qu’il répond ici à un besoin réel des populations. Mais il reste beaucoup à faire, notamment l’alphabétisation des femmes afin qu’elles soient plus actives au sein des organisations paysannes, et le transport des produits. Certains de nos membres travaillent dans des champs très éloignés des dépôts centraux et l’évacuation de leur production est difficile», poursuit Alexis Bolokoto.
Ces deux aspects ont déjà été pris en compte par le P4P, qui entamera en 2013 des programmes d’alphabétisation et mettra à disposition des organisations paysannes deux pick-up.
 Récemment des moulins et des égreneuses ont été mis en service ce qui permet de transformer sur place la production. Les paysans attendent avec impatience l’arrivée prochaine de décortiqueuses, qui permettront de traiter le riz et d’en obtenir un meilleur prix
 En lingala, la langue locale, Jean Faustin Mokoma Mazoba,  ministre provincial de l’Agriculture et du Développement rural, qui était du voyage, a exhorté les paysans à prendre soin des bâtiments et du matériel mis à leur disposition. «Tout cela vous appartient, à vous de faire fructifier ce que vous avez reçu», a-t-il insisté.
«Nous vivons mieux déjà. Avec l’argent gagné par la vente des récoltes, nous pouvons scolariser les enfants, nous mangeons mieux et nous pouvons enfin faire des projets», explique Maman Mbango. Dans les années qui viennent elle rêve d’acheter une parcelle pour construire une maison et se lancer dans la production de cacao.