Rebelles,ornières de boue et ragout de serpent: le quotidien d’un chauffeur du PAM dans l’Est de la RDC

Publié le 24 décembre 2012
GOMA, République démocratique du Congo – Le check point avait l’air ordinaire, une simple barrière de bois sur une étroite route conduisant vers Masisi, à environ 100 km à l’ouest de Goma, la capitale provinciale du Nord Kivu. Le convoi de de Faustin Kabori s’arrête, quand deux hommes surgissent et leur intiment l’ordre de descendre des camions.
par Elizabeth Bryant
"Ils nous ont dit de les suivre jusqu’à leur quartier général », raconte Faustin, se remémorant cette aventure survenue en juillet dernier. « Ils voulaient nous emmener auprès de leur chef». 
Faustin n’eut d’autre choix que de les suivre, avec cinq autres membres du convoi, laissant sur place quelques personnes pour garder un œil sur les camions. Ils étaient désormais à la merci de l’un des multiples groupes armés qui pullulent dans la région. 
"On avait tellement peur ! Les rebelles avaient des prisonniers et les frappaient. Quand nous sommes arrivés au camp, on a vu ça et ils nous ont prévenu qu’après ce serait notre tour» poursuit ce chauffeur de 35 ans. 
"Ils nous ont dit de les suivre jusqu’à leur quartier général», raconte Faustin, se remémorant cette aventure survenue en juillet dernier. «Ils voulaient nous emmener auprès de leur chef». 
Faustin n’eut d’autre choix que de les suivre, avec cinq autres membres du convoi, laissant sur place quelques personnes pour garder un œil sur les camions. Ils étaient désormais à la merci de l’un des multiples groupes armés qui pullulent dans la région. 
"On avait tellement peur ! Les rebelles avaient des prisonniers et les frappaient. Quand nous sommes arrivés au camp, on a vu ça et ils nous ont prévenu qu’après ce serait notre tour» poursuit ce chauffeur de 35 ans. 
L’équipe sera finalement libérée après un appel téléphonique de la Monusco au chef de camp.
La brève expérience de Faustin dans les mains d’une milice locale, illustre bien les défis d’une des missions les plus difficiles du PAM : conduire un camion chargé de nourriture dans l’un des pays plus dangereux du monde. 
Apporter une assistance alimentaire à des Congolais en grande détresse, pour certains déplacés depuis des années, signifie des voyages exténuants, durant parfois des semaines, à travers d’épaisses forêts tropicales sur des routes défoncées et détrempées par les pluies. Cela veut dire aussi négocier en permanence avec les groupes armés qui exigent des compensations pour traverser «leur» territoire. 
Un convoi en RDC, c’est aussi des heures à sortir les camions des ornières de boue, qui parfois montent jusqu’à hauteur d’homme, et de travailler avec les communautés locales pour réparer des ponts qui s’effondrent. Cela signifie aussi passer des nuits dans l’habitacle des camions ou dormir à même le sol. 
Risquer leur vie en permanence
"Ces hommes risquent leur vie en permanence”, explique Crispin Tshiamala, responsable logistique à Goma, qui est en charge de la flotte de camion. «Ils partent dans des zones infestées de groupes armés pour apporter de la nourriture à ceux qui en ont besoin». 
A cause du très mauvais entretien des routes, livrer de la nourriture peut prendre des jours voire des semaines, même pour parcourir quelques centaines de kilomètres. «Mes enfants savent quand je pars le matin que ce n’est pas la peine de me dire «A ce soir papa», dit Faustin, père de quatre enfants, «ils savent que je ne serai certainement pas rentré».
Un serpent au déjeuner
Un déjeuner sur la route se résume souvent à une bouteille d’eau et un sandwich, parfois avec un peu de chance, les chauffeurs trouvent un petit restaurant de brousse, qui propose ce qui est disponible sur le marché. “Ils nous servent ce qu’ils ont sous la main, ce qu’ils ont pu chasser dans la forêt, comme du serpent. C’est vraiment bon le serpent, ça ressemble à du lapin», ajoute-t-il pour ceux qui n’ont jamais mangé la viande de brousse. 
Faustin et ses collègues ont la chance de conduire de solides camions DAF avec 6 roues motrices, capables de passer là où quasiment aucun autre véhicule ne passe. 
Les camionneurs emmènent de la musique et quelques vidéos, pour tromper l’ennui et la solitude. «Ca nous permet d’oublier un peu combien nos familles nous manquent», dit Faustin. 
Mis à part l’incident de juillet, en général les groupes armés n’importunent pas les chauffeurs du PAM. «Quand nous sommes sur la route, nous portons des T-shirt et des vestes du PAM, et les rebelles respectent ces insignes et nous laissent faire notre travail». 
La récompense de tous ces efforts, l’équipe de chauffeur et convoyeurs, la reçoivent à l’arrivée sur le lieu de distribution. «Les gens sont tellement contents de nous voir. Ca me rend heureux de savoir que je contribue à les aider à survivre dans des conditions difficiles. Et je suis fier d’avoir fait du bon boulot !», conclut Faustin.