Produire mieux, produire plus, nourrir les écoliers : le pari gagné du Sénégal

Publié le 11 février 2014

Le programme appelé « Achat par les Africains pour les Africains », lancé en 2012, incite les petits producteurs à consommer ou vendre le reste de leur production sur les marchés, ce qui leur permettra d’augmenter leurs revenus. Copyright : WFP/Blandine Egonou Fanou

Dans 200 cantines des écoles de la région de Kédougou au Sénégal, les enfants mangent désormais du riz produit localement. Grâce à un programme financé par le Brésil et mis en œuvre par le PAM et la FAO, quelque 1.000 petits producteurs ont fourni l’an dernier 250 tonnes de riz paddy, soit la moitié de leur  production. Ils ont consommé ou vendu le reste sur les marchés et augmenté leurs revenus : un exemple de coopération Sud-Sud et de développement intégré appelé à s’étendre.

Paulele Fall

Soutenu par le gouvernement du Sénégal, ce programme appelé « Achat par les Africains pour les Africains », lancé en 2012,  renforce  la sécurité alimentaire et le développement économique et social des communautés rurales.

Grâce à un financement du Brésil, qui a développé un programme similaire sur son propre territoire dans le cadre de son objectif « Faim Zéro », les producteurs se sont regroupés en organisations paysannes. La FAO les a aidé à améliorer leurs techniques agricoles et leur a fourni des semences. Le PAM s’est engagé de son côté à  acheter la moitié de leur production pour la redistribuer aux cantines scolaires.

« Nous faisons d’une pierre deux coups : nos enfants qui fréquentent la cantine de l’école mangent maintenant du riz de qualité produit localement. Aussi, en vendant l’excédent de production sur les marchés locaux, nous sommes en train d’accroitre nos ressources financières », explique Mamadi Diallo, le président de l’union des producteurs de riz de Bandafassi, un arrondissement de la région de  Kedougou, à 800 km au sud-est  de Dakar.

« Grâce à ces revenus, nous pourrons bientôt prendre en charge nos besoins et ceux de nos enfants, sans l’aide de la FAO et du PAM », poursuit-il.

Le gouvernement sénégalais qui souhaite, à terme, prendre totalement en charge le programme de cantines scolaires, soutient l’initiative. « Les cantines scolaires pourraient être amenées à jouer un rôle central dans la politique nationale de promotion des céréales locales pour générer  des revenus monétaires aux producteurs locaux », a indiqué le ministre de l’Education nationale, Serigne Mbaye Thiam, lors d’une récente visite à Bandafassi à laquelle participaient le premier secrétaire de l’ambassade du Brésil au Sénégal, Marco Sparano, la directrice nationale du PAM, Ingeborg Maria Breuer, et le représentant résident de la FAO, Vincent Martin.

« La mise en synergie de nos compétences et expertises va permettre à partir d’aujourd’hui aux populations de Bandafassi d’assurer à leurs enfants une bonne alimentation en leur fournissant de la ferme à l’assiette une nourriture de qualité », a estimé M. Martin.

Par les Africains pour les Africains

L’expérience devrait être étendue à d’autres localités du Sénégal. « Elle permet d’offrir de nouveaux débouchés commerciaux aux producteurs agricoles du pays mais aussi et surtout de relever les taux de scolarisation et d’améliorer les résultats scolaires », a indiqué Mme Breuer.

«Nous restons convaincus que les pays du Sud peuvent assurer leur développement en renforçant la coopération Sud-Sud, basée sur une relation d’égalité en transmettant nos expériences, notamment dans l’agriculture familiale, la culture du riz, l’agriculture bio ou l’achat d’équipements agricoles », a déclaré le représentant de l’Ambassade du Brésil, M. Sparano.

Après un an d’expérimentation, le projet « Achat par les Africains pour les Africains » va consolider les performances de la première année, étendre les superficies exploitées et améliorer la production. Les groupements paysans seront équipés de décortiqueuses performantes afin de pouvoir transformer eux-mêmes leur production.

Le programme sera ensuite étendu à d’autres régions. Sa pérennité ne sera assurée que si il est approuvé par les communautés et les autorités sénégalaises.