Mali: en attendant la pluie

Publié le 30 août 2013

Le Roi Coulibaly, héritier du royaume de Ségou, devant son palais.

Copyright: WFP/Alexandre Brecher

Cette année, le démarrage tardif de la saison des pluies menace déjà la récolte agricole au Mali, qui émerge à peine de la crise alimentaire de 2011 et du conflit de l’année passée qui a déplacé des centaines de milliers de personnes. C’est dans ce contexte que le PAM soutient les fermiers de Ségou, à environ 200 km de Bamako, la capitale.

par Alexandre Brecher

«Un roi doit protéger son peuple. Mais pour la pluie, je ne peux pas faire grand-chose…»Le Roi Coulibaly, héritier de l’ancien royaume bambara de Ségou, parle de ses 600 sujets comme de sa famille. «Mes enfants, explique-t-il, sont en train de devenir malnutris. Nous avons dû amener des enfants à l’hôpital. Nous vivons de la pêche et de l’agriculture. Au cours des dernières années, la pêche est devenue mauvaise en raison de la pollution. Nous comptons donc principalement sur l’agriculture. C’est pourquoi la pluie est si importante pour nous.»
Au Mali, la saison des pluies commence habituellement en mai et dure jusque fin octobre. La pluie irrigue les champs de céréales telles que le mil, le sorgho et le maïs, qui ont besoin de beaucoup d’eau pour pousser. La crue du fleuve Niger est quant à elle indispensable à la croissance du riz. A partir du mois de novembre, la saison des récoltes est censée donner aux populations du sud assez de céréales pour leur permettre de tenir jusqu’à la prochaine récolte tout en dégageant des revenus grâce à la vente de leur surplus aux populations du nord, dont l’activité principale est l’élevage. Ainsi vit le Mali depuis des siècles. Mais lors des deux dernières années, tout a changé. 

La saison des pluies 2011-2012 a été mauvaise, tout comme la récolte. Les populations du sud n’ont pas eu assez de céréales pour elles-mêmes, donc pas de surplus pour la vente, avec des conséquences directes sur la situation alimentaire du pays dans son ensemble. Le conflit à quant à lui déplacé des populations entières vers ces zones sud, augmentant encore la pression sur les ressources déjà limitées. 
A travers ses opérations comme les distributions de vivres, les activités de nutrition et, plus récemment, les transferts monétaires pour les personnes déplacées et les familles-hôtes, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) soutient les populations vulnérables en pourvoyant à leurs besoins les plus immédiats, tout en renforçant leur capacité à répondre par elles-mêmes aux crises alimentaires. 
Mais ce dont les maliens ont le plus besoin, c’est d’une bonne saison des pluies. «La saison des pluies a commencé tard, explique Mamadou Togola, l’un des responsable de l’unité d’analyse des vulnérabilités au bureau du PAM à Bamako. La région de Ségou est, de loin, en-dessous de la moyenne. Le manque de pluie aura des conséquences immédiates sur les champs, rendant le labour presque impossible. Nous savons d’ores et déjà que certaines parcelles ne donneront rien cette année.»
Mais il y a des signes d’espoir. Les prévisions météorologiques sont assez optimistes. Selon le groupe de travail d’assistance météo, les derniers mois de la saison des pluies ont 40% de recevoir des précipitations au-dessus de la moyenne. 
«Ces prévisions doivent toutefois être analysées avec précaution, précise M. Togola, car elles ne prennent pas en compte la fréquence des pluies. Plus de 100 millimètres en une fois, par exemple, pourrait détruire les cultures, tout en créant un risque d’inondations. On ne peut donc pas affirmer si ces éventuelles précipitations auront un effet positif – Ou non.»
Sur le toit de son palais, d’un œil attentif, le Roi Coulibaly scrute toujours le ciel. «Il ne pleuvra pas aujourd’hui, soupire-t-il, et j’ai peur que demain, ce soit la même chose. Mais c’est à Dieu de décider s’il pleuvra ou non. A nous d’être patients, et de garder l’espoir d’une bonne récolte cette année.»