Haïti: De la rizière à la cantine scolaire

Publié le 17 novembre 2011

 

Ylmo Louinesse a plus que triplé sa production de riz depuis 2009. Il a aussi trouvé un nouveau client. Le PAM vient d’acheter du riz que lui et ses voisins agriculteurs de Torbeck ont produit. 
Copyright: WFP/ Stephanie Tremblay 

 

Torbeck est une petite commune du sud d’Haïti, à environ quatre heures de route de la capitale. Ici, dans la vallée, on pourrait facilement se convaincre que tout le monde produit du riz et on ne serait pas très loin de la vérité. La plupart des agriculteurs passent leurs journées les deux pieds dans les rizières.
Ylmo Louinesse est l’un d’eux. Il travaille dans les rizières de Torbeck depuis son enfance. À trente-neuf ans, il loue près d’un hectare de terre et les revenus qu’il tire de cette modeste parcelle sont sa principale source de revenus. 
Haïti est ce qu’on appelle un pays a déficit alimentaire. Ça signifie que les agriculteurs n’arrivent pas à produire suffisamment pour nourrir toute la population. Près de la moitié de ce que mangent les Haïtiens est importé. Le gouvernement aimerait que ça change et augmenter la production agricole est une priorité. Mais pour cela, donner un coup de pouce à ceux qui comme Ylmo, passent la majeure partie de leurs vies à travailler dans les champs est essentiel. 
En 2009, un groupe d’agronomes taïwanais est arrivé dans la région avec un mandat précis des autorités haïtiennes : aider les riziculteurs à améliorer leurs récoltes.
Devenir de meilleurs agriculteurs
«Près de 70% du riz consommé dans le pays est importé», explique Shui-Sung Hsiang, qui dirige la mission d’assistance technique de la coopération taïwanaise en Haïti. Il croît qu’on pourrait renverser cette proportion. «Les riziculteurs pourraient en fait produire 70% du riz consommé par les haïtiens, ce qui laisserait un manque à combler par l’importation de seulement 30%, dit-il. Nous croyons que le pays a tout ce qu’il faut pour réaliser cet objectif.»
Quand les Taïwanais sont arrivés dans la région par contre, la production était faible. En moyenne, les agriculteurs arrivaient à faire pousser d’une à une tonne et demie de riz par hectare. Shui-Sung Hsiang et ses collègues estiment que les terres de la région ont la capacité de donner des rendements six fois supérieurs. 
«Avant, on plantait beaucoup de riz, mais on en récoltait peu», raconte Jacques Jonas Charles, un riziculteur et directeur d’une des associations locales. «Maintenant, grâce à l’assistance technique que nous recevons des taïwanais, nous sommes devenus de meilleurs agriculteurs. Nous nous occupons mieux de nos rizières, notre production a augmenté, nos revenus aussi,» dit-il.
Produire trois fois plus 
Les résultats parlent d’eux-mêmes. En moins de trois ans, la production a triplé. Une belle avancée, mais qui a aussi cruellement mis en lumière d’autres problèmes du secteur agricole haïtien. Les espaces d’entreposage sont inadéquats ou inexistants ce qui veut dire que les récoltes doivent être vendues très rapidement parce que les riziculteurs n’ont pas d’endroits où conserver la nourriture. La commercialisation présente aussi des difficultés parce que le pays ne possède pas de système structuré de distribution de sa production agricole. 
«Parfois, on n’arrive pas à trouver d’acheteurs parce que le riz de tous les producteurs se retrouve sur les marchés de la région en même temps » explique Thélicène St-Félix, un riziculteur de Torbeck. 
C’est la raison pour laquelle la coopération taïwanaise s’est adressée au PAM. Les agronomes savaient que l’agence des Nations Unies travaillait à augmenter la quantité de nourriture produite localement utilisée dans ses programmes et a offert une partie de la production de Torbeck à un prix compétitif. «Quand vous avez une organisation comme le Programme Alimentaire Mondial qui participe au développement d’un projet comme le nôtre, ça aide à motiver les agriculteurs à continuer un travail souvent ardu,» explique Pierre Jeune, le chef des opérations de la coopération taïwanaise à Torbeck.  «Ils savent que leur produit trouvera preneur et qu’ils seront payés», ajoute-t-il.
Repas scolaires avec des ingrédients locaux
À l’été 2011, le PAM a acheté cinq cents tonnes de riz produit par Ylmo, Thélicène et leurs voisins. Le gouvernement du Canada a fourni les fonds pour cet achat avec comme condition que le riz soit utilisé dans les écoles, pour le programme de cantines scolaires.  
Le PAM, qui travaille sous la direction des autorités haïtiennes, estime que c’est la façon la plus efficace d’utiliser les achats locaux pour stimuler l’économie des communautés. Développer des liens entre les agriculteurs et les écoles où le PAM sert 1,1 million de repas chaque jour encourage le développement de marchés compétitifs, contribue à augmenter les revenus des producteurs et permet d’améliorer la sécurité alimentaire des familles qui vivent de l’agriculture. C’est aussi un des objectifs du gouvernement. D’ici 2030, le Programme National de Cantines Scolaires veut offrir à tous les écoliers des repas quotidiens cuisinés avec des ingrédients locaux. 
Pour aider les autorités à atteindre cet objectif et pour faciliter les achats locaux, le PAM a mis en place toute une série de mesures. Le processus d’appels d’offres a été modifié pour permettre aux petites associations d’agriculteurs de faire des soumissions pour une partie seulement de la quantité de nourriture demandée – celle qu’ils sont en mesure de produire. De plus, des séances de formations ont eu lieu dans les régions agricoles pour aider les producteurs à bien maîtriser chaque étape du processus d’appel d’offres, de la soumission à la livraison. 
«C’est un honneur de pouvoir travailler ensemble», a conclu Thélicène St-Félix. Un honneur partagé. Contribuer au développement de l’agriculture haïtienne est un moyen de plus de permettre aux familles de lutter contre la faim.