Haïti: «Au son de la cloche, c’est l’embouteillage!»

Publié le 10 janvier 2013

Les élèves de l'école Jeunesse Réunie attendent l'heure du déjeuner...et les repas du PAM avec beaucoup d'impatience.

Copyright: WFP/Stéphanie Tremblay

En Haïti, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) fournit un repas quotidien à 685 000 enfants des écoles du pays. Ces repas aident les enfants à mieux apprendre et les encouragent à fréquenter l’école. À La Saline, comme dans beaucoup d’autres endroits en Haïti, la cantine scolaire offre aussi la garantie de manger au moins un repas par jour.
par Stéphanie Tremblay
«Au son de la cloche, c’est l’embouteillage,» dit Joseph Jean Silence, directeur de l’institution mixte Jeunesse Réunie, une école située à La Saline, un des quartiers de Cité Soleil. 
Les deux étages de l’école se vident rapidement. Les enfants font quelques pas dans une ruelle étroite, traversent la rue et se mettent en file sous une bâche, devant de grandes casseroles où l’on a cuisiné du riz et de la sauce aux haricots, un plat traditionnel haïtien. 
Quand il décrit son quartier, celui où il habite et où il dirige cette école depuis 1996, Joseph Jean Silence parle vite de ce qui préoccupe les parents de ses élèves: la sécurité, la pauvreté aussi.  
«Il y a beaucoup de problèmes économiques et sociaux,» explique-t-il. «Les parents vivent au jour le jour.» Il décrit des conditions de vie très précaires où l’alimentation des familles est déterminée par ce que les parents ont pu gagner ou emprunter ce jour-là.
«Je viens à l’école parce que je sais que j’aurai à manger,» dit Pascal Papou, un petit de cinq ans pas du tout timide et à l’air espiègle. Il habite tout près de l’école avec sa famille et explique qu’il mange de bons repas chez lui aussi. «Mais ça n’arrive pas tous les jours,» concède-t-il. 
Enfants en meilleure santé
Quand Joseph Jean Silence a commencé à travailler dans cette école en 1996, il n’y avait pas encore de cantine scolaire. Un problème qu’il fallait régler. Selon Silence, la cantine scolaire joue un rôle essentiel. Il voit maintenant des enfants en meilleure santé, qui apprennent mieux et qui viennent à l’école tous les jours. 
Son équipe de cuisiniers arrive à l’école tôt le matin pour que le repas cuisiné avec des aliments fournis par le PAM soit prêt à être servi dès 10h30. 
Jackendy François aime les mathématiques et souhaite devenir médecin. À dix ans, il est l’aîné de sa famille. Sa sœur de six ans fréquente aussi l’école Jeunesse Réunie mais sa plus jeune sœur est encore trop jeune pour aller à l’école. 
«À la maison, s’il n’y a pas assez d’argent, ça affecte les repas,» dit-il. Sa mère travaille comme marchande de rue. «Je rapporte souvent une partie de mon repas pour le donner à ma petite sœur,» explique Jackendy. 
Son professeur ajoute qu’il n’est pas le seul à se priver d’une partie de son repas pour pouvoir partager avec sa famille. À l’école, on ferme les yeux sur cette petite entorse aux règles qui régissent le programme de cantines scolaires.
"Une grande amélioration"
Le séisme du 12 janvier 2010 a durement touché ce quartier voisin du port de la capitale haïtienne. Plusieurs avaient trouvé refuge sous les tentes des camps érigés spontanément après le tremblement de terre. «Les gens reviennent, construisent de nouveaux logements,» constate Joseph Jean Silence. Mais dans bien des cas, les feuilles de tôle et autres matériaux de fortune ont remplacé le ciment, faute de moyens. Si chaque grosse pluie a toujours amené son lot de soucis et d’inondations dans le passé, c’est pire maintenant et les tempêtes de cet été n’ont pas aidé.
L’école Jeunesse Réunie est privée, comme la majorité des écoles en Haïti, et les parents doivent payer des frais de scolarité. Depuis l’an dernier, M. Silence reçoit des subventions du gouvernement haïtien pour couvrir les frais de scolarité des enfants de la première année et maintenant pour ceux de la deuxième année. «C’est une grande amélioration,» dit le directeur et surtout, ça permet à plus d’enfants de fréquenter l’école.