Côte d’Ivoire: les transferts monétaires du PAM redonnent la force (et de l’espoir) aux personnes séropositives

Publié le 04 octobre 2013

Environ 34 millions de personnes sont atteintes du virus VIH autour du monde.

Copyright: WFP/Vince Dewitt

Le PAM met en place un programme de transferts monétaires en Côte d’Ivoire pour apporter un appui nutritionnel aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et recevant des traitements antirétroviraux. Ainsi 5 500 personnes séropositives recevront en complément de leur ration alimentaire individuelle, un appui monétaire de 72 dollars (soit 36 000 CFA) par mois destinés à les aider à nourrir leur famille. L'appui monétaire cesse dès que le patient quitte le programme d'appui nutritionnel du PAM au bout de 6 mois maximum. Nous sommes allés à la rencontre de quelques-uns à Bouaké, ville abritant l’expérience pilote.

Par Marie-Josiane Ogou

Djéneba : Veuve, Djéneba vit actuellement à la charge de son fils aîné. Il y a quatre mois, en juin 2013, Djéneba n’avait aucun soutien et ne pesait que 36 kilos. En juillet 2013, elle s’est inscrite au programme du PAM. Ceci lui a permis non seulement de prendre des kilos (plus de 7 kilos dans 3 mois) mais aussi de retrouver de l’espoir. «En me mettant sur le programme, le Centre SAS m’a redonné l’envie de vivre». Relevée, Djéneba veut désormais s’engager dans un petit commerce.

Attimi : Jeune mère, Attimi nous accueille chez elle avec un très beau sourire. Derrière elle, sa machine à coudre est en évidence, des morceaux de tissus pagne aussi, qu’elle mixe et met assemble les uns aux autres pour faire des couvertures. Sur le feu, il y a une sauce qu’elle va partager à midi avec ses enfants qui fait partie de ses premiers achats avec les transferts monétaires. Nous n’avons pas besoin de lui demander si elle va bien. Nous le constatons de visu…

Eugénie : Jeune femme de 29 ans, Eugénie ne pesait que 30 kilos quand elle est arrivée au Centre SAS. Très affaiblie, elle est même tombée dans les pommes quand on lui a fait sa prise de sang. Mise d’urgence dans le programme d’appui nutritionnel, Mme Yavo, l’assistante sociale crie aujourd’hui au miracle. A sa dernière pesée, en août, Eugénie pesait 50 kilos! Les yeux d’Eugénie, tout comme ceux de sa mère qui l’accompagne au centre, pétillent désormais de joie. «Je sais maintenant que je vais vivre. En plus de la farine de CSB+, mes enfants et moi, nous mangeons matin, midi et soir.» Comme Djéneba, Eugénie, aussi, pense à se lancer dans un petit commerce.

Sébastien : Le frère aîné de Sébastien, qui vient nous accueillir, se fend en remerciements. Sa pension ne lui permettait pas d’assurer les besoins alimentaires de son frère. Sébastien,  dégage de la sérénité, n’est plus dans l’angoisse. «Sans le PAM, je ne serai plus en vie. J’étais délaissé par ma famille et ne pouvais plus subvenir à mes besoins. Le regard de la famille a bien changé vis-à-vis de moi, je peux leur apporter à manger et j’inspire le respect». Sébastien aussi a repris de poids et est  redevenu énergique. L’artisan qu’il est bouillonne d’idées, car il pense déjà à «l’après». Les fleurs rares que nous voyons dans la cour familiale, c’est lui qui les a plantées. Il se voit se lancer dans des travaux d’ouvrier-paysagiste. Pourquoi pas?   

Atiéllo : La maladie avait laminée Atiéllo, physiquement et psychologiquement. Parfois, quand elle le pouvait, elle partait travailler dans le salon de coiffure de sa sœur. Mais à la fin de la journée, les deux se retrouvaient sans rien, car «tout marche au ralenti». Elle ne mangeait qu’une fois par jour, et encore fallait-il qu’elle ait de quoi s’acheter à manger. Donc, à part le soja, qu’elle partageait avec ses enfants, rien. Elle prenait les médicaments le ventre creux. Mais depuis le transfert, elle peut faire des provisions pour elle et ses enfants et reprend ainsi lentement des forces. 

Bintou : Bintou habite à Oliénou chez son amie Mahoua. Les deux sont séropositives et bénéficiaires d’un appui du PAM. Les 2 enfants de Bintou sont eux aussi séropositifs et son fils de 16 ans a même développé un handicap moteur en raison de la maladie. Même si Bintou s’inquiète pour l’avenir, les transferts monétaires lui permettent d’avoir une vie presque normale. Elle peut se concentrer sur sa santé et celle des enfants et acheter de quoi nourrir sa famille et emmener son fils à la rééducation.   

Les ONG Centre Solidarité Sociale de Bouaké (CSAS) et Renaissance Santé de Bouaké (RSB) aident les bénéficiaires à penser à «l’après». Ils les accompagnent dans le développement de leur projet que ce soit lancer un petit commerce ou bien des activités génératrices de revenus afin que les participants ne retombent pas dans la trappe de la faim et de l’extrême pauvreté après la sortie du Programme.