A Bangui, pour les enfants, « le pire est à venir »

Publié le 19 mars 2014

Copyright: WFP/Melissa Chemam

La République centrafricaine est sur le point de connaître une catastrophe sans précédent alors que les violences obligent de plus en plus de personnes à quitter leurs maisons et que l’économie du pays est au bord de l'effrondrement. Les réseaux d’approvisionnements locaux faisant défaut, le PAM et ses partenaires assistent à une multiplication des cas de malnutrition.

Fabienne Pompey

BANGUI - Il y a quelques mois encore, il n’y avait qu’une trentaine de lits réservés aux enfants malnutris dans le complexe pédiatrique de Bangui. Aujourd’hui, entre 130 et 150 enfants sont hospitalisés. Grâce au soutien de l’ONG Action contre la Faim, trois tentes ont pu être érigées dans la cour de cet hôpital.

« Nous sommes en train d'en monter une quatrième, et j’ai bien peur qu’il en faille encore une ou deux de plus », explique le docteur Espérance Touane, qui exerce dans ce complexe depuis plusieurs années.

Avant même la crise, la situation des enfants était critique en Centrafrique. Les carences nutritionnelles étaient permanentes, avec une alimentation pauvre et peu variée, essentiellement à base de manioc. Près de 40% des moins de 5 ans étaient en retard de croissance. Aujourd’hui, alors que toute la population de Bangui a été touchée directement ou indirectement par les violences et les pillages, la malnutrition fait des ravages.

« Le nombre d’enfants à hospitaliser a triplé voire quadruplé. La situation est dramatique. Et le pire est encore à venir », s’inquiète Susan Sheperd, nutritionniste du Programme Alimentaire Mondial (PAM).

« Le PAM, et la communauté humanitaire en général, manque de moyens humains et financiers pour prévenir ce drame », poursuit-elle.

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A la veille d’une catastrophe

En effet, dans quelques semaines, la saison des pluies va commencer et avec elle les épidémies de paludisme. Cette maladie est à l’origine d’un tiers des décès des enfants de moins de 5 ans. « Les populations ont déjà quasiment épuisé toutes leurs réserves alors que la période de soudure commence. Nous sommes à la veille d’une catastrophe », poursuit Susan Sheperd.

« Le système de santé du pays, qui dysfonctionnait déjà, reste payant alors que la plupart des malades et des parents d’enfants malades sont bien incapables de payer un traitement », ajoute Susan Sheperd.

Le PAM a commencé en février dernier des distributions de produits nutritionnels destinés aux enfants et aux femmes enceintes et allaitantes, dans plusieurs sites à Bangui ainsi qu’en province. Au complexe pédiatrique, le PAM apporte une assistance aux enfants atteints de malnutrition aiguë modérée et aux mamans dont les enfants, atteints de malnutrition aiguë sévère, sont hospitalisés.

« L’assistance du PAM pour les mères et les accompagnants est très importante », affirme le docteur Touane en référence à certaines mères dans les tentes qui présentent aussi des signes évidents de malnutrition. 

Sous les tentes du complexe pédiatrique, où la chaleur est intenable, les mamans tenant leurs enfants chétifs, côtes apparentes, cheveux roussis par la maladie, ne sont pas non plus en grande forme. « Il est crucial que les produits nutritionnels destinés aux enfants atteints de malnutrition aiguë modérée soient aussi disponibles », dit le docteur Touane.

« Il suffit de quelques jours, quelques semaines, pour qu’un enfant sombre dans la malnutrition aiguë. Et les séquelles de la malnutrition, ces enfants les porteront toute leur vie »,  explique-t-elle.